L’ouverture au commerce international: voilà le premier point fort de l’Allemagne. «Le fait majeur de l’économie allemande est que la part du commerce extérieur est passée de 25% à 50% de son PIB entre 1996 et 2008, alors qu’en France, elle est restée à peu près stable à 25-30% » résume Arnaud Lechevalier, chercheur au centre Marc Bloch à Berlin.
Conséquence: le pays a pu profiter de la reprise de la croissance mondiale et du commerce international depuis 2010. Un effet de rattrapage qui explique aujourd’hui en grande partie les très bonnes performances du pays en matière d’emploi.
Le rempart du «Made in Germany»
Si l’économie allemande profite autant de ses exportations, c’est aussi grâce à la force de son label «made in Germany», gage de qualité et de robustesse à travers le monde.
«Pour pouvoir inscrire ce «made in Germany» qui fait vendre, les industries exportatrices, chimie, machines-outils et automobiles en tête, conservent l’aval et l’amont de la production, c'est-à-dire la conception et les finitions en Allemagne», explique Arnaud Lechevalier. Un frein majeur aux délocalisations.
La force du «modèle social ouest-allemand»
Mais le marché de l’emploi n’aurait pas aussi bien résisté si les entreprises allemandes n’avaient pas également su adapter l’organisation du travail aussi rapidement en temps de crise.
Leur point fort: une tradition de négociation sociale très forte à l’échelle des sociétés et des branches qui a permis «de jouer davantage sur la durée du travail et la production que sur le nombre d’emplois», souligne Arnaud Lechevalier.
Combiné à un modèle de «formation duale» des salariés (à la fois à l’école et au sein de l’entreprise), on comprend mieux pourquoi à l’heure où le chômage flambe en Europe, les entreprises allemandes rechignent, elles, davantage à se séparer de salariés qu’elles ont formés à des compétences spécifiques et craignent une pénurie de main d’œuvre qualifiée dans les années à venir…
Un cercle vertueux à l’épreuve de la récession
«Une sorte de cercle vertueux s’est mis en place», analyse Sabine Le Bayon, économiste spécialiste de l'Allemagne à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), «En 2011, il y a eu plus de créations d’emplois et donc plus de salaires versés, ce qui a permis de soutenir la demande interne».
Alors que la consommation était restée stable pendant plus de 10 ans, l’économie du pays bénéficie ainsi actuellement d’un rééquilibrage assez net au profit de son marché intérieur. «C’est un bon point pour l’Allemagne et toute la zone euro » estime Arnaud Lechevalier.
De quoi en effet amortir un peu le choc du ralentissement qui se profile dans les prochains mois : «En raison de cette dépendance par rapport à la zone euro qui représente 40% de ses exportations, l’économie allemande va être inévitablement touchée par la récession qui se dessine en Europe» estime Arnaud Lechevalier.
Pour preuve, les instituts allemands de statistiques ont d’ores et déjà revu leurs prévisions de croissance à la baisse à 0,8 % pour 2012, contre 3 % en 2011. Mais le risque de récession, lui, est pour le moment écarté.