Chômage des jeunes: «J'ai même écrit au président de la République... Qui m'a renvoyé vers Pôle emploi»

TÉMOIGNAGES e jeunes internautes confient à «20 Minutes» leurs difficultés à trouver un emploi...

Christine Laemmel

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Un conseillère du pôle emploi est en entretien avec un  demandeur d'emploi, le 25 janvier 2010 à Hem.

Un conseillère du pôle emploi est en entretien avec un demandeur d'emploi, le 25 janvier 2010 à Hem. — AFP PHOTO DENIS CHARLET

Les chiffres parlent d’eux-mêmes: en novembre, le chômage a atteint son plus haut niveau depuis 12 ans. Et les moins de 26 ans sont encore et toujours les plus touchés. Avec 57,32% des moins de 26 ans qui se tournent vers un contrat de courte durée et un salaire moyen de 1.161 euros net (soit quasiment l’équivalent du Smic), la précarisation des jeunes gagne cette année encore du terrain.

Sur-diplomés, sous-payés, ils semblent en total décalage avec le marché du travail actuel et les propositions des entreprises. Alors comment se passe la recherche d’emploi pour un jeune aujourd’hui? Parviennent-ils à transformer l’essai d’années d’études prometteuses? 20 Minutes a posé la question aux internautes de moins de 26 ans. Ils ont été nombreux à nous répondre.

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Sophie: «J'ai même écrit au Président de la République... Qui m'a renvoyé vers le pôle emploi»

«Je constate avec regrets que ma situation est loin d'être un cas isolé. J'ai 28 ans, une licence en droit, suis diplômée de Sciences Po Bordeaux et possède un Master en communication. J'ai également un TOEIC de 840/990. Sortie du circuit universitaire depuis 2006, j'ai depuis enchaîné les boulots mal payés.

J'alterne depuis cinq ans maintenant boulots mal payés et périodes de chômage. Au départ, cela me convenait ou, à défaut, ne m'inquiétait pas. Je me disais qu'avoir un bas salaire faisait partie du jeu, qu'il fallait faire ses preuves avant de prétendre à mieux. Et puis, au début de ma première période de chômage, je restais zen: après tout, j'étais quelqu'un de travailleur, au parcours universitaire plutôt intéressant... La situation ne pouvait pas durer. J'ai même eu l'illusion qu'il était possible de se reconvertir en cas de manque de débouchés dans tel ou tel secteur (j'avais d'ailleurs opté pour Sciences Po car cursus suffisamment large pour permettre un éventuel changement d'orientation professionnelle en cas de pépin).

Le problème est que ma situation n'a jamais évolué.  Les seuls jobs que l'on m'a proposés étaient sous-rémunérés et sans aucune perspective d'évolution. J'ai même travaillé gratuitement en free-lance pour une jeune start-up afin de continuer d'accumuler de l'expérience professionnelle, soi-disant sésame pour un vrai boulot. Comme beaucoup, j'ai habité ensuite à Paris, "l'Eldorado" des chômeurs, durant deux ans et demi. Mais là encore, la déception. Pourquoi? Le manque d'expérience professionnelle, satané refrain incessant.

 J'ai été jusqu'à écrire au Président de la République, lui exposant ma situation, plus pour soulager mon incompréhension et ma colère que par espoir d'une quelconque réponse. Pourtant, j'ai d'abord été très agréablement surprise en découvrant dans ma boîte aux lettres une enveloppe à l'en-tête de l'Elysée. Puis, de nouveau, le désenchantement: le courrier m'indiquait en réalité de prendre contact... avec le Pôle Emploi!

Et lorsque je demande à mes amis qui ont décroché un bon job leur secret, dans 90% des cas, la réponse est la même: piston. J'ai bien sûr pensé à repasser par la case "Stage". Mais là encore, impossible car en concurrence avec les étudiants et autre parcours en alternance.

"Pas assez d'expérience", "trop de diplômes", "pas assez de diplômes"... Au final, j'ai tout entendu. Aujourd'hui, à 28 ans, je n'ai droit à aucune aide de l'Etat: ni ASSEDIC, ni RSA, ni Fongecif. J'ai dû revenir chez mes parents où je prépare des concours de la fonction publique et continue d'envoyer CV et lettres de motivation dès que l'occasion se présente, lesquels restent lettre morte.»

Nicolas: «Titulaire d'un Master 2, je n'ai pas de poste stable depuis 2009»

«J'ai 26 ans, titulaire d'un Master 2 en management enrichi d'un dut de gestion et je n'ai pas trouvé de poste stable depuis 2009. J'ai travaillé trois mois cet été en tant que support client bilingue pour un éditeur de logiciels qui me payait le SMIC. Pour obtenir ce poste, j'ai dû patienter deux mois et passer cinq entretiens. Les processus de recrutement sont toujours plus longs. Cela fait 6 mois que je suis au chômage sans réelles perspectives de changement. Je passe des heures à chercher LE poste sur internet aux 4 coins de la France, en vain. J'ai des amis qui n'ont pas le bac et qui gagnent 30-35K en étant boucher-charcutier. Ça fait réfléchir.»

Nomercy: «J'aimerais juste trouver un vrai contrat à temps plein, payé dignement»

«J’ai 29 ans, une licence en droit et sciences sociales, et je suis au chômage. J'ai une volonté de fer, je veux absolument trouver du travail dans la branche administrative, j'y ai d'ailleurs consacré deux ans en tant qu'agent administratif à temps partiel au smic et aujourd'hui, cela fait 6 mois que je ne reçois que des refus. Je ne rechigne pas, je ne prétends pas à un salaire de 30.000 euros par an, mais j'aimerais trouver un vrai contrat à temps plein, payé "dignement". Je vois que dans ma région (Alsace), ce n'est vraiment pas ça. On nous a lobotomisé avec le bac et les "bac +" et maintenant on en bave pour trouver du travail et nous positionner! Six mois que je cherche, six mois que je n'ai que des refus. Pourtant je n'ai pas de soucis particuliers en français, j'ai une vraie volonté de travailler dur, je travaille bien, je suis compétent dans mon domaine.»

Rebecca: «Je voulais suivre une formation de reconversion, mais je n'ai droit à aucune aide de l'Etat»

«J'ai 24 ans, diplômée d'un master en Biotechnologies et Thérapeutiques en Juin 2010, je suis depuis la fin de mon stage de M2 à la recherche d'un emploi. Ce n'est pas faute d'avoir essayé : petites annonces, candidatures spontanées, piston... Beaucoup de réponses négatives, quand on prenait la peine de me répondre. Je me suis renseignée pour reprendre des études, mais là aussi beaucoup de portes se ferment. La seule que j'ai trouvée m'est facturée presque 3.000€ pour 2 mois de formation, sous réserve que je passe le permis de conduire qui est également assez cher. Du côté de Pôle Emploi, je n'ai le droit à strictement aucune aide : ni RSA (trop jeune), ni allocation chômage (pas assez travaillé), ni d'aide à la formation (car "trop diplômée"). Comment dans ce cas faire une formation si l'Etat ne peut pas m'aider? Je pense donc me tourner vers les concours, ou vers une formation probablement moins coûteuse, ou alors avoir un boulot alimentaire. On nous a toujours dit qu'avec des diplômes on s'en sortirait, il n'en est rien, et la plupart de mes camarades de promo sont dans le même cas que moi...»

Jessica: «Pour être au SMIC, il faut être bilingue, avoir un permis B, deux ans d'expérience et un niveau BAC+2»

«J'ai obtenu en 2009, mon BTS Négociation et Relation Client, je parle couramment l'anglais, j'étais la meilleure élève de ma promotion. Je suis parti en Ile de France pour suivre mon compagnon. Et là-bas, il y a certes, plus d'emplois à pourvoir qu'en province, mais il y a aussi bien trop de candidats! Je souhaite m'orienter vers le recrutement et travailler en agence d'intérim, le recrutement faisant partie de mon programme de BTS, et étant devenu un secteur réellement passionnant pour moi, et il m'est impossible de trouver ne serait-ce qu'un stage! On exige un niveau BAC+4 ou +5, (pour un recrutement en cabinet spécialisé pour les cadres, je comprendrais, mais pour une agence d'intérim, un BTS commercial est tout à fait adapté !), ou on exige une expérience d’un an voire plus en agence d'intérim... Pourquoi chercher un stage si on a déjà plus d'un an d'expérience? Les entreprises demandent toujours plus, maintenant, pour être au SMIC, il faut être bilingue, avoir un permis B, 2 ans d'expérience et un niveau BAC +2!»

Katia: «Ayant perdu toute confiance en moi, je me suis tournée en désespoir de cause vers le public»

«J'ai 28 ans, j'ai terminé mes études à 22 ans et "travaille" depuis seulement 2 ans. Titulaire d'une licence Langues Étrangères Appliquées option commerce international puis d'un Master en Aménagement et Développement Régional Européen, ma seule porte de secours face au chômage a été la Fonction Publique, dans laquelle je travaille depuis 2009. En effet, à l'issue de mes études (durant lesquelles j'ai effectué 3 stages), on m'a fermé la porte au nez pour les mêmes motifs que ceux relevés dans les autres témoignages: trop jeune, pas assez d'expérience. J'envoyais près de 10 CV par semaine, pour des offres qui me correspondaient parfaitement, et les "non" fleurissaient dans ma boite aux lettres, quand encore on me répondait.

Le salaire n'a jamais été un frein pour moi, sauf quand il était vraiment indécent. J'ai tout de même réussi à trouver un CDD de 6 mois dans mon domaine de compétence (par relation je précise), mais sans renouvellement au bout. Je précise également que je travaillais en parallèle depuis mes 18 ans, j'ai effectué comme beaucoup divers petits jobs d'étudiants: soutien scolaire, hôtessariat, interim.

Après un an de recherche d'emploi, lassée de cette situation et ayant perdu toute confiance en moi, je me suis tournée en désespoir de cause vers le public. J'ai repris le chemin de l'école, à 24 ans, pour faire une année d'IPAG (préparation aux concours). Là encore, désillusion: obtenir ce sésame est devenu très difficile, nous étions entre 300 et 2000 candidats à chaque concours, et pratiquement tous sur-diplômés.

Malgré tout, j'ai réussi à obtenir en 2009 un concours de niveau B (niveau Bac) et je travaille désormais sous ce statut, pour un salaire peu motivant mais à peu près honnête. Mes tâches sont très éloignées de mes compétences et de mes ambitions, mais je travaille.

Pour rien au monde je n'aurais fini dans un fast-food, même pour gagner plus. Je ne désespère pas de quitter un jour cet environnement peu stimulant pour retourner vers le secteur privé ou même fonder ma micro-entreprise. Seulement, à bientôt 30 ans et ayant expérimenté des années de galère, c'est certain que je suis un peu échaudée... »

Priscilla: «Les entreprises ne prennent pas en compte mes années d'alternance»

«J'ai plus de 26 mais suis diplômée d'un master de marketing obtenu dans une école de commerce il y a 1 an et demi. J'ai fait toutes mes études supérieures en alternance, j'ai donc 3 ans d'expériences dans le marketing auxquels on peut ajouter les 8 mois du CDD que je termine actuellement.
Je prospecte le marché depuis 3 mois déjà. La réponse est toujours la même, je n'ai pas assez d'expérience. Les entreprises ne prennent pas en compte mes années d'alternance ou je passais 80% de mon cursus au travail!!!! des années à gagner un % du smic pour acquérir une expérience finalement non reconnue! En plus de l'experience, les employeurs demandent souvent dans ma branche (je suis chef de projet marketing web et mobile), d'avoir des connaissances techniques et de parler couramment l'anglais... Avec la crise les entreprises cherchent à remplacer plusieurs postes en un et laissent les jeunes dynamiques et compétents sur le carreau. Si cela continue, je pense ouvrir ma micro-entreprise pour ne plus avoir a dépendre de la bonne volonté des employeurs.»

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