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M.B.

Recevoir un mobile Free au pied du sapin semble bel et bien compromis. De nombreux observateurs estimaient que le quatrième opérateur avait tout intérêt à profiter de l’effet Noël, qui concentre 25% des ventes de mobile de l’année. Les astres semblaient converger pour l’arrivée en fanfare du trublion des télécoms à ce moment crucial. En vain.

Feu vert réglementaire

Free mobile avait pourtant obtenu mardi dernier le feu vert de l’Acerp. L’autorité de régulation des télécoms avait constaté qu’il couvrait bien 27% de la population, le seuil minimal qui lui permet d’utiliser le réseau d’Orange, avec lequel il a conclu un accord pour être présent dans l’ensemble de l’Hexagone.

Au même moment, Xavier Niel, le patron de Free, postait sur Twitter: «The rocket is on the launchpad». Autrement dit: «La fusée est sur la rampe de lancement». Mais depuis, silence radio. La fusée est toujours sur le pas de tir.

Un faux lancement

«Le groupe avait créé un effet d’annonce. Or, il semble improbable qu’il se lance d’ici le 25 décembre. Le pic des courses de Noël, c’était le week-end dernier. En termes de communication, c’est très déceptif. Pour moi, cela s’apparente à un faux lancement», estime Jean-Michel Huet, du cabinet BearingPoint.

Free pourra toujours jouer sur la période des étrennes, un autre temps fort, même s’il n’a pas la même portée que Noël. L’Acerp lui a donné jusqu’au 12 janvier pour ouvrir commercialement son réseau. Le buzz savamment entretenu par Free sur son arrivée prochaine permettrait quand même «de créer un certain doute dans l’esprit des clients pour tenter de retarder leurs décisions d’achat», avance un consultant du secteur.

Plusieurs hypothèses peuvent expliquer l’arrivée plus tardive qu’anticipée de Free.

Soucis techniques?

Sur le plan technique, il doit vérifier avec Orange que la connexion entre les deux réseaux se déroule bien. «La qualité et le débit sont excellents», affirmait pourtant récemment au Figaro Xavier Niel, le patron de Free Mobile.

Mais selon le site spécialisé Euro TMT, l’arrivée de Free serait difficilement possible avant le 1er janvier. En effet, l’accord d’itinérance pour la 3G ne serait pas valable avant cette date, contrairement à la 2G, qui serait applicable depuis que Free a couvert 27% de la population.

Ajustements tarifaires difficiles?

Côté commercial, des doutes se font jour. L’opérateur a fait le plein en recrutant 800 collaborateurs en charge du support technique. Mais une décision sur les «terminaisons d’appel passée» compliquerait la donne. «Free réclamait le droit, pendant un an, de facturer 3,4 centimes à ses concurrents, pour chaque appel transitant par son réseau. Or, l’Arcep vient de lui accorder 2,4 centimes, et pour six mois seulement. Ensuite, il sera logé à la même enseigne que les autres: 1,5 centime. Cette décision, qui prive Free de quelque cent millions d’euros, l’a poussé à revoir sa copie tarifaire», calcule Le Parisien.

«Dans tous les cas, Free n’a pas intérêt à rater son vrai lancement, au risque d’entamer son capital marque. Or, Free a une image très positive. Si les premiers clients sont déçus, avec les réseaux sociaux, le buzz sera très rapide», avertit Jean-Michel Huet.

Xavier Niel n’a cessé de répéter qu’il diviserait la facture mobile des Français par deux. Il veut proposer «un prix clair, facile à retenir, pour se distinguer sur un marché où personne ne sait combien il paie». Un forfait tout compris (téléphone, SMS, Internet illimité) à 29,99 euros, comme lorsque Free s’était lancé à l’assaut d’Internet en 2002, est envisageable. «Ce prix phare pourrait être décliné avec une entrée de gamme à 9,99 euros mensuels pour 2 heures d'appels, 14,99 euros pour 2 heures et 1 Go de données, et 19,99 euros pour 5 heures et 2 Go», selon Le Figaro.

Avec de telles offres, Xavier Niel vise 25% du marché du mobile d’ici à deux ans ou dix ans… «si on est mauvais».