Sommet européen: «Les Européens doivent désormais réparer leur crédibilité perdue»

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Publié le 7 décembre 2011.

INTERVIEW - L'économiste Jean Pisani-Ferry fait le point à la veille de l'ouverture d'un sommet européen crucial pour la zone euro...

Les 27 chefs d'Etats et de gouvernements de l’Union Européenne se réunissent jeudi soir à Bruxelles, pour un sommet décisif alors que la crise de la dette ne cesse de s’accentuer. 20 Minutes fait le point sur cette rencontre de tous les dangers avec Jean Pisani-Ferry, le directeur du centre européen Bruegel.

Est-ce le sommet de la dernière chance?

Il fait suite à une séquence de trois sommets qui se sont mal terminés. Au G20 de Cannes, les Européens devaient se mettre d’accord avec leurs partenaires sur un mécanisme de soutien renforcé. Il n’en a rien été. Les Européens doivent désormais réparer leur crédibilité perdue, montrer enfin qu’ils peuvent prendre des décisions et les appliquer. L’Europe doit être en ordre de marche pour le début de 2012 au moment où les Etats et les entreprises auront de gros besoin de financement sur les marchés. Ce sommet est crucial.

Quels sont les points sur lesquels les européens sont susceptibles de s’accorder?

Tout d’abord sur le renforcement de la discipline budgétaire avec à la clé des sanctions plus automatiques pour les Etats qui ne respecteraient pas l’objectif de 3% de déficit. Je m’attends également à un renforcement assez substantiel du pare-feu qui vient en aide aux Etats en difficulté. Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) devrait voir sa force de frappe actuel – qui est de 250 milliards d’euros - démultipliée. On pourrait le combiner au moins temporairement avec le mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de secours permanent de l'Union monétaire, qui pourrait voir le jour en 2012 et non en 2013. De quoi venir en aide à des pays comme l’Espagne ou l’Italie.

Quels sont les risques de discordes?

Je serais étonné que l’idée des euro-obligations fasse du chemin. A ce stade, la France mais encore plus l’Allemagne restent réservés. La régulation bancaire même si c’est un sujet de fond posé par la crise ne devrait pas beaucoup avancer. Cependant, les chefs d’Etat et de gouvernement auront à cœur d’insister pour que les banques dans le contexte actuel ne restreignent pas l’accès au crédit.

Va-t-on vers une réforme des traités européens?

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy parlent de réforme des traités, mais je ne vois pas bien en quoi elle serait indispensable. La seule idée qui requiert une réforme c’est la possibilité de donner à la Cour de justice européenne un rôle dans l’évaluation des dispositifs nationaux de discipline budgétaire. S’engager dans une révision des traités pour donner une mission d’évaluation à une institution qui n’a pas la capacité technique de s’en charger me semble une idée curieuse.

Les avancées seront-elles suffisantes pour assagir les marchés?

C’est incertain. Il y aura un effet positif à court terme lié à la mise en avant d’un accord avec des centaines de milliards sur la table. Ils ne seront durablement impressionnés que si la mise en œuvre suit sans délai.

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller
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