«On a créé le métier de vidéo-conseiller pour que les sourds puissent avoir accès au service client des entreprises»

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Publié le 2 décembre 2011.

INTERVIEW - «20 Minutes» a rencontré Jean-Charles Correa, fondateur de l'entreprise Deafi, lauréate des grands prix de l'innovation 2011 de la ville de Paris dans la catégorie «services innovants»...

Parmi les cinq entreprises parisiennes ou franciliennes récompensées jeudi soir au Palais Brongniart dans la capitale, Deafi s’est démarquée dans la catégorie «Services innovants». La société a pour ambition de multiplier les centres d'appel pour les relations clients accessibles aux sourds et malentendants grâce à une plate-forme offrant plusieurs canaux de communication: webcam, visio 3G, Tchat, SMS, email, formulaire, fax et courrier. Jean-Charles Correa, son fondateur, a répondu aux questions de 20 Minutes.

Votre centre d’appels pour les relations clients dédié aux sourds et malentendants, comment ça marche exactement?
La personne sourde ou malentendante aura simplement à aller sur le site Internet des entreprises avec lesquelles on travaille, comme SFR ou Free, dans la rubrique contacts. Tout de suite elle va voir un accès qui s’appelle «DeafiLine». En cliquant là, elle va pouvoir accéder en direct à un vidéo-conseiller, qui est une personne qui va lui répondre dans sa langue, qui est la langue des signes française, ou en chat. Cette personne va pouvoir écouter sa demande de la même manière qu’un conseiller entendant. Ce n’est pas quelqu’un qui va juste prendre l’appel et qui va aller voir ensuite avec une autre personne, c’est lui-même qui va traiter la demande directement.

Qui forme ces vidéo-conseillers?
Ils sont d’abord formés par l’Afpa (Association nationale pour la formation professionnelle des adultes, ndlr) avec qui on a un partenariat, pendant quatre mois. Ils ont la même formation qu’un conseiller entendant, avec le même diplôme à la fin. Ils intègrent ensuite les entreprises avec qui on travaille où ils sont formés à leurs métiers plus précisément.

D’où vous est venu cette idée de créer «DeafiLine»?
Au départ, je voulais trouver une filière d’emploi accessible aux sourds et malentendants. Il est apparu qu’il n’y avait rien qui existait pour les sourds et malentendants dans le domaine de la relation clients, parce qu’ils ne peuvent pas téléphoner. Et par ailleurs on s’est rendu compte que les sourds, qui sont aussi des consommateurs, avaient des difficultés pour accéder eux-mêmes à leur banque, à leur opérateur de télécom, etc. On a alors pensé à créer le métier de vidéo-conseiller, destiné aux entreprises pour leur service client, qui le rendrait de fait accessible aux sourds et malentendants.

Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce projet?
J’avais commencé à y réfléchir en 2007 mais l’entreprise va avoir deux ans le 17 décembre.

Il y a une histoire personnelle derrière ce projet, au service des sourds et malentendants?
Tout à fait. J’ai une amie qui souhaitait créer en 2005 une entreprise de services pour les sourds parce que ses parents le sont. Je l’ai aidée entre 2005 et 2009 à titre amical et bénévole. C’était vraiment pour la beauté des choses, j’avais un autre métier à ce moment-là. Je m’occupais du développement international pour une entreprise d’informatique, donc rien à voir avec ça. Avec la crise de la quarantaine j’ai eu envie de faire quelque chose qui avait plus de sens. J’ai décidé de me lancer en 2009, j’ai quitté mon emploi. J’ai pris mes économies et j’ai lancé Deafi. On est passé de 0 à 20 salariés en 18 mois. On a actuellement 25 personnes en formation à l’Afpa qu’on devrait embaucher début février.

Vous venez de remporter 15.000 euros. Au-delà de ce chèque, qu’est-ce que ce grand prix de l’innovation apporte à Deafi?
Déjà cet argent va nous permettre de mettre en place des formations au français pour nos collaborateurs sourds et des formations pour le perfectionnement à la langue des signes. Et puis en termes de visibilité, ce prix nous a permis de rencontrer la Poste et d’autres clients potentiels. Cela nous donne aussi une légitimité pour exister et nous développer.

Propos recueillis par Anaëlle Grondin
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