Crise de la zone euro: Pourquoi Paris et Berlin ne s'entendent pas

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Publié le 1 décembre 2011.

ECONOMIE - Le rôle de la BCE et la création d'euro-obligations sont au cœur des divergences franco-allemandes...

Le compte à rebours pour le sauvetage de l’euro est enclenché. Le sommet européen qui réunira les chefs d’Etat et de gouvernement le 9 décembre s’annonce cruciale pour l’avenir de la monnaie unique. L’économiste Jacques Attali estime qu’elle a moins d’une chance sur deux de passer Noël. C’est dire l’urgence de la situation. Les observateurs s’accordent à dire que la solution est politique. Mais le couple franco-allemand, véritable moteur de la zone euro, ne s’accorde pas sur les remèdes. Nicolas Sarkozy ne devrait donc pas faire d’annonce majeure à l’occasion de son «grand discours» sur la crise et l'Europe qu’il prononcera ce jeudi à 18h30 à Toulon (Var). 20 Minutes fait le point sur les sujets qui fâchent les deux voisins.

Le rôle de la Banque centrale européenne

Pour placer leur dette auprès des investisseurs, la Grèce, l’Espagne ou encore l’Italie sont confrontés à une forte hausse des taux d’intérêt. Pour diminuer la pression, Nicolas Sarkozy souhaite que la BCE joue un rôle plus actif en rachetant davantage de dettes des pays de la zone euro. Depuis mai 2010, l’institution de Francfort en a acquis pour plus de 200 milliards d’euros. Pourtant, elle a répété à plusieurs reprises que ses interventions devaient rester limitées. En effet, son mandat est d’assurer la stabilité des prix. L’Allemagne ne souhaite pas le voir évoluer. Angela Merkel martèle que la BCE doit rester indépendante. Racheter de la dette d’Etat en difficultés reviendrait de facto à lui faire jouer un rôle politique de créancier de dernier recours. La Chancelière craint également qu’une telle action prolongée n’entraîne une hausse de l’inflation en raison de l’injection de liquidités dans le circuit économique. Une inflation que nos voisins ont en horreur depuis l’entre-deux-guerres.

Les euro-obligations

La mutualisation des emprunts publics des pays de la zone euro, c’est l’autre potion magique avancée par la France pour remédier à la crise. Actuellement, les 17 pays de la zone euro émettent de la dette chacun de leur côté. Le but serait de permettre à l’Europe directement de lever les fonds pour les prêter ensuite aux différents pays, qui bénéficieraient de garanties communes et donc d’un taux d’intérêt plus faible. «L'Europe en tant que structure fédérale n'a pas de dette, alors que les Etats-Unis en ont 15.000 milliards de dollars. Si l'Europe se donnait la possibilité d'emprunter, elle aurait la possibilité d'avoir un accélérateur», estime Jacques Attali.

En, revanche, l’Allemagne n’y est pas prête, pour deux raisons. Primo, dans la zone euro, elle est celle qui emprunte au taux le plus bas (1,7%). La mise en place d’euro-obligations lui coûterait de facto plus cher. Deuxio, Angela Merkel estime qu’une telle mutualisation encourage le laxisme budgétaire des Etats. Pourquoi un pays serait-il encouragé à mettre de l’ordre dans ses finances publiques s’il bénéficiait de la garantie de l’ensemble de la zone euro? Tel est en substance son raisonnement.

En creux, deux visions de l’Europe s’opposent. D’un côté, l’Allemagne qui vante l’orthodoxie budgétaire. De l’autre, la France qui plaide pour davantage de solidarité entre les 17 de la zone euro. Même si les deux pays devront faire des concessions pour trouver un terrain d’entente, à l’heure actuelle, le rapport de force joue nettement en faveur de nos voisins d’outre-Rhin.

Mathieu Bruckmüller
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