Crise de l’euro, dettes abyssales des Etats, déficit budgétaire, plans de rigueur, péril sur le AAA, hausse du chômage, plans de restructuration… Depuis cet été, l’économie est au cœur de l’actualité. Et le climat n’incite guère à l’optimisme. Résultat: les ménages ont le moral dans les chaussettes. Tout comme celui des industriels, au plus bas depuis février 2009. «Nous connaissons un moment d’anxiété collective avec le sentiment que nous vivons un basculement aussi important que ce qui pu se jouer dans la crise des années 30», décrypte un sociologue.
Mais cette chute de confiance des Français est-elle à ce point là justifiée? Autrement dit, ne joue-t-on pas à se faire peur?
Une situation moins noire en France...
Le taux de chômage en France «n’est que» de 9,2% alors qu’il vient d’atteindre en Espagne son plus haut depuis quinze ans à 21,5%. Pour placer sa dette auprès des investisseurs la France doit offrir certes un taux d’intérêt en légère hausse (environ 3,5%), mais sans commune mesure avec celui de l’Espagne (5,5%) ou de l’Italie (7%). Les deux plans de rigueur présentés par François Fillon fin août et début novembre sont bien moins sévères que les cures d’austérité appliquées en Angleterre, en Italie, en Grèce ou en Espagne…
Bien sûr, la situation hexagonale s’est dégradée, mais on ne peut pas parler d’un appauvrissement massif de la population. «La crise produit des phénomènes auto-réalisateurs, confirme Henri Sterdyniak, directeur du département économie de la mondialisation à l'Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE). On fait peur aux ménages leur demandant de faire des efforts. Logiquement certains consomment moins». Et viennent renforcer un taux d’épargne très élevé, proche de 16%. En théorie, «si on arrivait à le réduire de deux points cela suffirait à faire une impulsion importante pour relancer l’économie française», anticipe Henri Sterdyniak.
…mais qui reste complexe
Mais dans la pratique, les choses sont plus complexes. Henri Sterdyniak reconnaît que la France, tout comme l’ensemble des pays européens, est dans une situation très complexe: «La zone euro ne sait plus comment fonctionner». Pour résoudre cet inextricable imbroglio, la réponse est politique, confirme, son homologue Matthieu Plane de l’OFCE. Les dissensions entre la France et l’Allemagne notamment sur l’évolution du rôle de la Banque centrale européenne n’augurent rien de bon.Ce lundi, Moody's Investor Service a jugé que la volonté politique nécessaire à la mise en œuvre d'un plan efficace contre la crise pourrait bien n'émerger qu'à l'issue d'une série de chocs. L'aggravation de la crise financière pèse sur les perspectives de notation de la dette souveraine de tous les pays européens, a martelé l'agence.
Les médias ont-ils une part de responsabilité dans cet état de tension collective qui saisit la France et l’Europe? Certainement. «Ils y contribuent, mais ils ne sont qu’une caisse de résonance du sentiment général de la société», décrypte un sociologue.
Le pire serait à venir
Pourtant, ils seraient même en deçà de la réalité, estime l’économiste et anthropologue Paul Jorion. «La situation est pire que ce qu’on peut lire dans les journaux selon plusieurs grands patrons que j’ai interrogés», dit-il. «Depuis, 2008, nous avons déplacé la crise de la dette des banques vers les Etats pour revenir aux banques. C’est un cercle vicieux descendant. Nous passons de la récession à la dépression. La question de la stabilité de tous les emplois va se poser», entrevoit-il. Un scénario noir validé par Jacques Attali. Dans un entretien accordé vendredi à 20 Minutes, l’économiste estimait que l’euro avait une chance sur deux de disparaître avant Noël. Pas de doute, les Français ont peut-être bien raison d’être inquiets.
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«C’est la crise». Du café en bas de la rue aux discours de Nicolas Sarkozy en passant par les réunions de famille, la formule semble pendue aux lèvres de tous les Français et probablement de tous les Européens. Depuis 2007, les médias et les instituts de sondage bondissent sur chaque sursaut de la bourse ou des agences de notation : crise de l’euro, crise de la dette, faillite de la Grèce, crise espagnole, dégradation des notes de la France, cures d’austérité, plan de rigueur…
Selon vous, l’omniprésence de la crise dans les médias est-elle justifiée ? Appréciez-vous d’être informé des différentes évolutions de la situation ? Êtes-vous sensible aux explications pédagogiques des médias ? Ou estimez-vous au contraire que la crise occupe actuellement une place trop importante dans la vie médiatique et politique française ?
Selon vous, parle-t-on trop de la crise financière de l’Europe ?
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