Le palais Montecitorio à Rome, siège du Parlement italien, à Rome (Italie), en 2009.
Le palais Montecitorio à Rome, siège du Parlement italien, à Rome (Italie), en 2009. - F.STEVENS/SIPA

ECONOMIE La Boite de Pandore est ouverte...

Silvio Berlusconi a annoncé sa démission prochaine de la Présidence du conseil des ministres italiens, alors que son pays traverse une grave économique et politique. Eclairage avec l’économiste Marc Touati, du cabinet d’analyse Assya.

Qu’arrive-t-il  à l’Italie?

L’Italie ne peut plus supporter le poids de sa dette publique. «Le pays a énormément dépensé, sans jamais réussir à relancer la croissance. L’origine du mal, c’est sa politique économique et budgétaire laxiste», estime l’économiste Marc Touati, du cabinet d’analyse Assya. Les banques, fonds de pension ou assurances qui ont prêté de l’argent à l’Etat sont de plus en plus inquiets. Ils rechignent à lui prêter à nouveau, et augmentent leur taux d’intérêt. «L’argent qu’emprunte l’Italie lui sert à rembourser les intérêts des sommes qu’elle a déjà emprunté», poursuit Marc Touati. «Tous les pays de l’euro sont dans ce cas-là, à part l’Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg.»

Mais la situation italienne est particulièrement critique. Le taux d’intérêt du pays a atteint 7% ce mercredi, une limite au-delà de laquelle la dette publique n’est plus tenable, selon une majorité d’économistes. C’est quand leur taux a dépassé 7% que la Grèce, le Portugal et l’Irlande ont déjà dû demander une aide européenne.

Le départ de Berlusconi va-t-il calmer le jeu?

A la tête du pays depuis 2008 (après l’avoir été entre 2001 et 2006), Silvio Berlusconi démissionnera après le vote à la mi- novembre au Parlement d’un budget de rigueur. Si le «Cavaliere» peut-être vu comme un des responsables de l’endettement du pays, son départ «risque de renforcer l’incertitude ambiante», analyse Marc Touati. «On ne sait pas qui va le remplacer, quelle sera la politique menée. On sait ce qu’on abandonne, pas ce qui viendra à la place. Et le budget de rigueur n’est pas encore voté.»

Y a-t-il un risque de contagion de la crise italienne?

«La Boite de Pandore est ouverte, pense Marc Touati. La défiance des marchés qui frappe l’Italie peut se répandre en Europe.» Pour cet économiste, «la France sera épargnée jusqu’à la présidentielle. «Les mesures annoncées par François Fillon vont permettre de gagner du temps. Mais la France sera rattrapée à moyen terme par son problème de manque de croissance.» Concernant l’Italie, «le pays a déjà fait des efforts de rigueur budgétaire. Il serait même à l’équilibre s’il n’y avait pas les intérêts de la dette à payer!»

Comment sortir l’Italie de la crise?

La priorité, «c’est de sortir au plus vite de la crise politique en nommant un nouveau gouvernement et peut être même un gouvernement d’union nationale», prescrit Marc Touati. Au niveau européen, «il faut tout mettre en œuvre pour relancer la croissance. Mario Draghi, le nouveau président italien de la Banque centrale européenne, a déjà baissé les taux d’intérêt de la BCE, de 1,5 à 1,25%. Il faudra peut être le refaire. Une plus grande cohésion des pays de l’euro, par exemple avec un budget fédéral européen commun, est également souhaitable. Sinon, le jeu de massacre va continuer. »

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