Michel Martinez, Economiste, Société générale:
«La faiblesse de la France, c'est son déficit, c'est la seule chose sur laquelle se concentrent les agences de notation.
Même si la situation économique se dégrade, le gouvernement a les moyens de faire un correctif budgétaire et cela ne sera pas politiquement extrêmement coûteux, cela ne mettra pas les gens dans la rue.
Fondamentalement, la France a les moyens de conserver son 'triple A' parce que, je le dis souvent, c'est un Etat prédateur qui n'a pas de problèmes de mise en œuvre de sa politique économique, mais qui a toujours un problème de volonté politique».
Ludovic Subran, Chef économiste, Euler Hermès:
«Cette annonce était attendue mais nous ne pensions pas qu'elle interviendrait aussi vite. C'est un désaveu de la politique budgétaire du gouvernement français dans un contexte de croissance affaiblie et d'un niveau critique de la dette.
C'est aussi une mise en garde de l'agence au cas où la France déciderait de s'engager dans un renflouement trop important des banques.
Ces annonces peuvent aussi limiter les annonces de soutien financier à la Grèce. Ça limite la solidarité des pays de la zone euro.»
Gilles Menuet, Economiste zone Euro, Citigroup
«Nous estimons que le gouvernement devra trouver encore 10 à 30 milliards d'euros dans le budget 2012. De nouvelles annonces en ce sens pourraient intervenir d'ici à février.
Il va maintenant y avoir un degré d'attention très important sur les mesures annoncées par la France, similaire à celui qui a prévalu au Royaume-Uni avant les dernières élections législatives.
Les Français sont clairement fragilisés. Ça devient difficile pour eux de discuter d'égal à égal avec Angela Merkel au regard des spreads (l'écart entre les rendements des obligations françaises et allemandes, NDLR).»
Philippe Waechter, Directeur de la recherche économique, Natixis Asset Management:
«La question que pose Moody's c'est 'Est-ce que la croissance française pourra être proche de celle qui a été annoncée par le gouvernement pour 2012 ?' Là-dessus, même l'Insee a des doutes. On voit bien que si la croissance n'a pas la robustesse attendue, l'objectif de réduction du déficit budgétaire ne tiendra pas.
Cette annonce ne vient pas au meilleur moment pour la France dans le cadre de ses négociations avec la partie allemande. On voit bien que les Européens comptent sur le Fonds européen de stabilité financière (FESF) puisque la Banque centrale européenne (BCE) n'aura pas le monopole de la résolution (de la crise).
C'est vrai (que les annonces de Moody's) peuvent fragiliser le FESF, ses dettes étant garanties par la France à hauteur de 158 milliards d'euros, ce qui est significatif. Ça peut créer un doute.
Les réponses qui seront apportées le 23 octobre (date du prochaine Conseil européen, NDLR) ou un peu plus tard seront à cet égard très importantes. On peut imaginer que la mise en place du Mécanisme européen de stabilité (MES) se fasse plus tôt que prévu, vers le printemps 2012, mais il faudra voir comment il se construit.»
Alex Koagne, Analyste Banque, Natixis:
«La conséquence d'une dégradation de la note de la France serait le risque d'un renchérissement du coût de financement pour l'Etat et les banques.
C'est dangereux dans la mesure où le marché interbancaire est aujourd'hui fermé.
Le message de Moody's revient à dire que la France ne peut pas aider son secteur bancaire. C'est une manière de dire : Si vos banques doivent être recapitalisées, elles devront le faire sur les marchés.»
Gilles Moec, Economiste senior Europe, Deutsche Bank:
«Pour moi, c'est la question de la croissance qui est la plus importante parce que c'est ce qui est au cœur de la stratégie macroéconomique française.
Entre la création de l'Union économique et monétaire et 2010, le ratio de dette publique sur PIB de la France a été inférieur à celui de l'Allemagne, grâce à une croissance acceptable du PIB en nominal».
Christophe Nijdam, Analyste, Alphavalue:
«Si les agences de notation en arrivaient à dégrader d'un cran la signature française, elles feraient probablement de même dans la foulée pour les banques françaises, avec ce que cela entraînerait pour les coûts de financement.
N'oublions pas que les banques françaises ont déjà été dégradées et qu'elles ont vu leurs coûts de refinancement augmenter avec la crise de liquidité de cet été.
Si on parle de renflouement des banques avec garanties de refinancement comme en 2008, là il y aura un problème de notation pour la France. Si on reprend les montants en 2008 (360 milliards d'euros, ndlr), on se rapproche de 20% du PIB et on bascule en terme de notation.»
Jean-Louis Mourier, Economiste, Aurel BGC:
«L'annonce de Moody's est un peu curieuse car d'habitude, les agences ne communiquent pas sur l'examen de la perspective de la note.
La recapitalisation des banques c'est du 'one shot', la recapitalisation des banques impacterait la dette mais le vrai problème, c'est la trajectoire des finances publiques et donc la croissance.»
Jérôme Cahuzac, Président de la commission des finances de l’Assemblée nationale:
«Alors qu'une alerte existe objectivement sur la qualité de la signature de la France, c'est aujourd'hui que nous démarrons l'examen d'un budget qui ne comporte que trois mesures - la taxation d'un certain nombre de boissons, la taxation dite des hauts revenus et une (taxation) liée aux collectivités locales.
Les trois mesures qui symbolisent ce budget me paraissent rigoureusement sans conséquences sur l'appréciation que peuvent avoir les agences de notation et les marchés sur la situation de la France.»
Christian Jacob, Président du groupe UMP à l’Assemblée nationale:
«Nous avons un projet de loi de finances de grande rigueur, bien cadré. On reste sur une prévision de croissance de 1,75% (en 2012)».
Michel Sapin, Député socialiste de l’Indre:
«Ce qui est aujourd'hui mis sous surveillance, c'est la politique de ce gouvernement, c'est lui qui doit réagir fortement et intelligemment sinon il va encore plus inquiéter.»
François Fillon, Premier ministre: