Rio Tinto veut vendre les derniers restes de l'ex-Pechiney en France

Le géant minier anglo-australien Rio Tinto va vendre trois de ses usines de production d'aluminium en France, autrefois propriétés de l'ex-Pechiney, achevant ainsi le démantèlement de ce qui fut pendant des décennies un fleuron de l'industrie française.

© 2011 AFP

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Le géant minier anglo-australien Rio Tinto va vendre trois de ses usines de production d'aluminium en France, autrefois propriétés de l'ex-Pechiney, achevant ainsi le démantèlement de ce qui fut pendant des décennies un fleuron de l'industrie française.

"Pechiney, c'est mort et enterré aujourd'hui", a résumé à l'AFP Henri Morandini, délégué syndical central CGT chez Rio Tinto Alcan France.

Quatre ans après avoir avalé le canadien Alcan qui avait lui-même mis la main en 2003 sur Pechiney, Rio Tinto a annoncé lundi qu'il avait l'intention de céder treize sites de production d'aluminium dans le monde, dont trois en France, dans le cadre d'un plan de restructuration de sa branche aluminium.

L'objectif est d'affecter davantage de ressources financières à l'exploitation du minerai de fer, qui représente 80% des bénéfices du groupe. Rio Tinto veut aussi plus que doubler sa marge opérationnelle sur l'aluminium pour la porter à 40% d'ici 2015, a-t-il expliqué dans un communiqué.

Il compte ainsi concentrer ses ressources sur ses activités canadiennes, qui sont plus rentables. "Les actifs cédés devraient lui permettre d'améliorer ses marges", estiment les analystes de Deutsche Bank.

Les usines d'alumine de spécialité de Gardanne (Bouches-du-Rhône), leader dans la production d'alumine non métallurgique, de la Bâthie (Savoie) et de Beyrède (Hautes-Pyrénées) sont concernées.

Leur particularité: elles sont moins rentables que les sites de Dunkerque (Nord) et Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), qui produisent de l'aluminium primaire et que Rio Tinto entend conserver.

Quelque 700 salariés sont concernés: 460 à Gardanne, 160 à la Bâthie et une "centaine" à Beyrède.

Le groupe anglo-australien est en discussions avec de possibles repreneurs, parmi lesquels des fonds d'investissement, a-t-il confié à l'AFP, sans donner de nom. Un investisseur japonais se serait manifesté pour la Bâthie, selon la CGT.

Ces actifs ne pourraient attirer que des groupes de taille moyenne, avancent les analystes, les géants du secteur étant en quête de sites plus rentables.

Sollicité par l'AFP, le ministère de l'Industrie s'est d'abord borné à indiquer que le gouvernement "regardait de près" le dossier.

"Le gouvernement a obtenu l'assurance du groupe Rio Tinto Alcan que des repreneurs étaient déjà identifiés", a-t-il laconiquement ajouté par la suite par mail.

Rio Tinto a lancé des "consultations" avec les syndicats, inquiets de l'avenir de ces trois sites. Après deux comités d'entreprise, l'un en avril et l'autre en septembre, la direction doit faire un point avec les représentants syndicaux "mi-novembre".

Va-t-il y avoir un plan social ? Y aura-t-il véritablement des repreneurs ? Autant d'interrogations, sans réponses pour l'instant, sur lesquelles se nourrissent les craintes des syndicats et des élus locaux.

"On est sur de nouveaux marchés porteurs (céramique, composants ignifugés...) mais ce n'est pas une usine qui dégage de gros bénéfices comme le souhaitent les grands groupes", redoute Claude Marrot, délégué CFDT à l'usine de Gardanne.

Le maire communiste de Gardanne, Roger Meï, qui avait alerté le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, dans une lettre en juillet, dénonce une fuite à l'étranger des savoir-faire industriels français.

"Quand Rio Tinto aura vendu l'alumine de spécialité, il ne restera plus que quelques usines d'aluminium en France", renchérit Henri Morandini.

Il faut dire que seize années seulement après sa privatisation, l'ancien empire français de l'aluminium Pechiney --numéro cinq mondial du secteur au moment de sa splendeur-- a quasiment disparu.

Le laminage d'aluminium est devenu indien, les emballages alimentaires et les flexibles à usage médical australiens. Mais l'activité de transformation d'aluminium, qui était sous bannière américaine, a recentré en début d'année son activité sur la France sous le nom de Constellium, grâce à l'appui financier de l'Etat.

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