A la surprise générale, Pierre-Henri Gourgeon, a été débarqué lundi soir de son poste de directeur général d’Air France-KLM, selon plusieurs informations de presse, à l'occasion d'un conseil d'administration extraordinaire qui doit débuter à 16h00. Une situation qui illustre les difficultés que traverse la compagnie aérienne. 20Minutes fait le point sur le dossier.
Pourquoi une telle éviction?
Directeur général d'Air France-KLM et d'Air France, Pierre-Henri Gourgeon venait d’être reconduit dans ses fonctions pour un nouveau bail de quatre ans, en juillet dernier. Il devait conserver la direction générale d’Air France-KLM pour céder celle d’Air France à Alexandre de Juniac. Il avait défendu sa candidature contre vents et marées alors que Jean-Cyril Spinetta, président du conseil d’administration du groupe franco-néerlandais, militait pour la nomination de Lionel Guérin, un homme du sérail, PDG de Transavia, la filiale low cost d'Air France.
Jean-Cyril Spinetta, ancien patron opérationnel d’Air France-KLM n’aurait pas apprécié que son ex-numéro 2 lui tienne tête orchestrant du même coup son lâchage. Il reprendrait la présidence exécutive du groupe. Alexandre de Juniac, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, deviendrait lui PDG d’Air France.
Outre la guerre d’ego, Pierre-Henri Gourgeon paie aussi le prix de sa gestion de la compagnie, dont l'Etat français détient 15,7% du capital, qui est trop endettée, trop lente à réagir et trop peu rentable, avec notamment des coûts salariaux largement supérieurs à ceux de ses concurrentes.
Quels sont les défis à relever?
Premier chantier et non des moindres: rétablir la santé financière d’Air France-KLM qui croule sous une dette de 6 milliards d’euros. Et l’année 2012 s’annonce périlleuse. «Si la croissance macro-économique ralentit plus fortement qu’aujourd’hui, le groupe pourrait avoir des difficultés à rembourser ses dettes en 2012», explique un analyste. A cela s’ajoute des résultats moribonds. Au premier trimestre de son exercice financier décalé d’avril à juin 2011, le groupe a fait état d’une perte nette de 197 millions d’euros pénalisé, entres autre par le «printemps arabe» et la catastrophe de Fukushima qui ont provoqué un manque à gagner d’environ 100 millions d'euros.
Pour rétablir la situation, la compagnie doit tailler dans ses coûts. Elle avait lancé un plan, baptisé "Challenge 2012", qui a permis d'économiser 595 millions d'euros sur l'exercice 2010/2011. En deux ans, la compagnie a réussi à réduire ses effectifs de 10%.
Mais ces compressions ne sont pas suffisantes. La nouvelle direction devra en en faire plus. «Des mesures structurelles tant attendues pourraient être lancées (accélération de la sous-traitance sur le réseau moyen-courrier, rationalisation des filiales régionales, compression des charges de personnels…). L’urgence apparente de ce mouvement fait toutefois craindre une période de flottement et un décalage dans la mise en place des économies», explique un analyste. «La société a besoin de plus de réactivité et de flexibilité», résume-t-il.
De quoi lui permettre d’affronter la féroce concurrence des compagnies low cost. Elle a déjà réagi en installant des bases en province pour proposer des vols directs et à prix réduits (à partir de 50 euros) vers l'Europe et la Méditerranée. Elle a commencé par Marseille. Devraient suivre Toulouse, Nice et Bordeaux l’an prochain. Dans la foulée, EasyJet vient d’annoncer qu’elle allait ouvrir, elle aussi, deux bases à Nice et Toulouse en 2012 avec des prix inférieurs à ceux proposés par Air France. La guerre ne fait donc que commencer.
Comment réagissent les investisseurs?
La probable éviction de Pierre-Henri Gourgeon semble les rassurer. «La brutalité d’un tel mouvement (pas vraiment dans la tradition de la société) peut faire office d’électrochoc positif. Le retour de Spinetta, plutôt apprécié des investisseurs, sur le devant de la scène combiné à la formation d’un improbable duo Spinetta-De Juniac peut amorcer une ère nouvelle pour la société», avance un analyste. La nouvelle a été saluée à la Bourse de Paris. Le titre qui a perdu plus de 57% en Bourse depuis le début de l’année était en hausse à 15h50 de 8,89% à 5,68 euros.