Les combats font encore rage à Bab al Aziziah, le quartier général de Mouammar Kadhafi, et le dictateur libyen reste introuvable. Mais dans toutes les têtes se posent déjà la question de l’exploitation de la principale ressource du pays: le pétrole. Car la Libye avait, avant le début du conflit, une capacité de production d’1,6 millions de barils par jour, selon l’AIE, et les cartes pourraient être redistribuées.
Les contrats seront honorés
A la suite de déclarations un peu énigmatiques du CNT (Conseil national de transition) plusieurs observateurs ont craint que l’ensemble des contrats pétroliers signés sous le régime Kadhafi soient remis en cause à la chute du dictateur. Ce ne sera pas le cas, comme l’a confirmé mardi Ahmed Djehani, un haut représentant des opposants. «Les contrats dans le domaine pétrolier sont absolument sacro-saints», a déclaré Ahmed Djehani dans un entretien accordé à Reuters TV mardi soir.
Les entreprises étrangères installées dans le pays ont du pousser un «ouf» de soulagement. L’Italien Eni, dont le patron a reconnu mercredi avoir été «
en contact quasi-quotidien avec la rébellion libyenne depuis avril», a déjà envoyé plusieurs de ses dirigeants dans l’est du pays pour étudier une reprise de l’activité. Ils estiment un retour progressif de l’exploitation en 2012, et un retour à la normal en 2013.
Avantages aux pays qui ont combattu
Mais les cartes pourraient bien être redistribuées. Les rebelles ont déjà mis la main sur plusieurs puits et entreprises, notamment l’Arabian Gulf Oil Company (Agoco), d’une capacité de plus de 440.000 barils par jour. Plusieurs candidats sont sur le coup. Les analystes et les spécialistes du secteurs estiment que le français Total et l’italien Eni pourraient émerger comme les grands gagnants de la redistribution des cartes en Libye. Parce que les deux pays sont déjà les deux plus gros importateurs de pétrole libyen, avec respectivement 376 et 205 millions de barils importés chaque année, mais surtout du fait du fort soutien dont ont fait preuve Paris et Rome à l'égard des rebelles. L’Italie aurait là un petit avantage, comme l’a rappelé le ministre italien des affaires étrangère Franco Frattini: «Les installations ont été construites par des Italiens, (par la société de services pétroliers Saipem), et par conséquent il est clair qu'Eni jouera le premier rôle en Libye à l'avenir».
Mais la compagnie nationale du Qatar ou la société de négoce Vitol, pas encore présents dans le pays, seraient également sur les rangs (la première grâce à l’appui militaire du Qatar et la seconde grâce à son appui logistique au cours du conflit). Tout comme l’autrichien OMV, l'allemand Wintershall, déjà présents, mais qui ont reconnu ne pas avoir entamé de négociation à ce jour avec les rebelles. Shell et BP, qui ne produisent pas encore dans le pays, pourraient aussi mener des explorations mais n’ont pas encore fixé de calendrier.