François Fillon va se livrer un véritable numéro d’équilibriste. Mercredi, en fin d’après-midi, il présentera un plan anti-déficit qui devrait se solder, selon les dernières estimations par une dizaine de milliards d’euros d’économies et de recettes supplémentaires. Pas facile à huit mois de l’échéance présidentielle.
Sauver le «AAA»
Mais c’est le prix à payer pour que la France respecte son engagement de faire passer le déficit public de 7,1% fin 2010 à 4,6% d’ici fin 2012. Et ce peu importe la conjoncture. But de la manoeuvre: sauver, contrairement aux Etats-Unis, la note «AAA» de la dette du pays et ainsi bénéficier de conditions de financement attractives.
Le pari est compliqué: comment restaurer les finances publiques sans casser les ressorts de la croissance? Or, le gouvernement est confronté à une situation économique difficile. La croissance a toutes les chances d’être inférieure aux 2% sur laquelle il avait bâti cette année son budget, réduisant ainsi les recettes espérées. Idem pour 2012, l’exécutif visait 2,25%, mais plusieurs économistes attendent désormais une croissance limitée à 1,4%.
Puiser dans les niches fiscales
Pour résoudre l’équation, même si encore aucune décision n’est officiellement arrêtée, le gouvernement devrait d’abord puiser dans le gisement des niches fiscales. Le Premier ministre a confié aux syndicats qu’il pourrait modifier une des mesures phare du quinquennat : la défiscalisation des heures supplémentaires. A elle seule, cette niche coûte plus de 4 milliards d’euros par an.
Autre piste à l’étude : le passage de 18% à 15% des réductions qui bénéficient aux propriétaires de logements locatifs dans le cadre du dispositif Scellier, selon le Figaro.
Côté entreprises, la limitation du report des déficits ou le plafonnement des déductions d’intérêts d’emprunt seraient aussi visés. De nombreuses autres niches sont dans le collimateur du gouvernement. Celui-ci a l’embarras du choix. 20 milliards d’euros d’économie sont possibles sans effets dommageables à long terme sur l’économie française, avancent les économistes de Natixis.
Taxer les riches
François Fillon dispose aussi d’un levier à forte valeur symbolique: la taxation des revenus des super-riches. Le Premier ministre a même la bénédiction de plusieurs d’entre eux. Mardi, seize grandes fortunes, dont Liliane Bettancourt, ont appelé à l’instauration d’un impôt exceptionnel pour les contribuables les plus favorisés afin de réduire le déficit budgétaire. Une telle mesure pourrait faire rentrer 200 à 300 millions d’euros dans les caisses de l’Etat, selon Nicolas Bouzou. «Une bonne idée en terme d’équité, mais qui n’est pas, en elle-même, à la hauteur de l’enjeu», estime l’économiste du cabinet Asterès.