Monique Pinçon-Charlot: «Les riches sentent les dangers de la situation actuelle»

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Publié le 18 août 2011.

INTERVIEW – Certains riches veulent être plus taxés pour éponger les déficits publics. Une vaste hypocrisie, dénonce la sociologue Monique Pinçon-Charlot, spécialiste de la bourgeoisie...

Le patron de Publicis, Maurice Lévy estime que les Français les plus riches doivent participer à la réduction du déficit sous la forme d'une contribution fiscale exceptionnelle. Pierre Bergé y est également favorable. Mais pour Monique Pinçon-Charlot, co-auteur du Président des riches*, ce n’est rien d’autre que de la poudre aux yeux. Elle décrypte les vraies motivations des riches.

Comment analysez-vous l’appel de Maurice Lévy au paiement par les plus riches d’une contribution exceptionnelle pour éponger les déficits?

Cette idée est dans l’air du temps. Elle circule dans les cercles privés et les résidences huppées. Avec les révolutions arabes, les émeutes en Angleterre, la classe dominante sent les dangers explosifs de la situation actuelle.

A la suite de la sortie de notre livre Le Président des riches, nous avons passé 8 mois à sillonner la France.  Nous avons pu mesurer à quel point il y a un sentiment de révolte dans le pays de Nicolas Sarkozy parmi les classes moyennes et populaires.

Compte tenu des affaires Servier, Tapie, Bettencourt et Wildenstein qui touchent de près le président de la République, ses amis se devaient de faire un geste pour apaiser la tension. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la tribune de Maurice Lévy.

L’idée que les riches paient une contribution exceptionnelle est quand même une bonne nouvelle?

Payer une contribution exceptionnelle est le moyen pour les riches de se légitimer. Surtout qu’elle ne serait pas très contraignante. Maurice Lévy parle bien d’une taxe exceptionnelle. Cela sous-entend qu’elle sera provisoire.

Pour réellement bien faire, les riches devraient payer enfin leurs impôts en mettant fin à l’optimisation fiscale. Il faudrait une réelle réforme fiscale progressive où tous les revenus du travail et du capital seraient prélevés à la source pour éviter les niches et l’évasion.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ne dit-elle pas que l’impôt «doit être également réparti entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés»?

Mais quand bien même, une contribution exceptionnelle serait appliquée, le montant resterait très symbolique au regard de leur richesse.

Pensez-vous qu’avec cette crise, en France, les riches vont devenir plus solidaires?

Rien ne va changer. Souvenez-vous en 2008, l’Etat français a volé au secours des banques à coup de milliards. Tout est rentré dans l’ordre très vite pour ces institutions. La preuve, elles se sont remises à verser des bonus à leurs dirigeants et à leurs traders. Regardez cette année, le plan de sauvetage de la Grèce. Il va alourdir l’endettement de la France de 15 milliards d’euros. Mais c’est un cadeau inouï aux grandes fortunes grecques qui sont les principales créancières du pays. Conclusion: on fait toujours des cadeaux aux plus riches.

A partir de quand est-on considéré comme très riche en France?

La grande richesse est multidimensionnelle. Bernard Arnault est l’homme le plus riche de France avec 21 milliards d’euros. Jean-Paul Gaultier, qui est la 500e fortune hexagonale selon Challenges est à la tête de 60 millions d’euros.  L’écart entre les deux est très important.

Mais la richesse est de plusieurs ordres. Au-delà de la richesse matérielle, il y a la richesse culturelle (tableaux et autres œuvres d’art…), sociale (cercles, réseaux…) et la richesse symbolique. Le riche est plutôt mince et redressé alors que le pauvre a tendance à souffrir d’obésité. Jamais les individus n’ont autant porté l’origine de leur classe sur leur corps. 

La grande richesse, c’est comme un iceberg. Quand on en voit une partie, il faut se dire qu’il y en a 100 fois plus en-dessous.

*Une nouvelle version enrichie du Président des riches sortira en librairie le 15 septembre aux éditions La Découverte.

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller
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