A quoi ressembleraient les eurobonds?
Les eurobonds ou euro-obligations seraient une mutualisation des emprunts publics garantis par l’ensemble des Etats de la zone euro. Ce mécanisme permettrait aux pays les plus fragiles de s’endetter à moindre coût. Ainsi, le prix des eurobonds et leur taux d’intérêt serait identique quelque soit le pays débiteur. Le taux d’intérêt serait calculé sur une moyenne de ceux auxquels les différents pays se financent. Aujourd’hui, la rémunération exigée par les créanciers pour la dette grecque frise les 15% contre un peu plus de 2% pour les taux du bund, l’emprunt allemand à 10 ans. Les taux à 10 ans de l’Italie et de l’Espagne, deux pays dans le collimateur des marchés, sont eux proches de 5%.
Pourquoi créer des eurobonds maintenant?
Evoquée depuis la crise financière de 2008, l’idée de créer des eurobonds fait un retour en force. En effet, avec le nouveau plan de sauvetage de la Grèce, approuvée à Bruxelles en juillet, les pays de la zone euro pensaient avoir circonscrit l’incendie de la dette.
Problème: des doutes sont très vite apparus sur les moyens que les Européens sont prêts à mettre sur la table pour parer aux situations d'urgence dans le cadre du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Doté de 440 milliards d'euros, ce Fonds emprunte sur les marchés de l'argent pour les pays en difficulté grâce à des garanties apportés par les différents Etats de l'Union monétaire. Seulement, les marchés jugent ses ressources trop faibles. Suffisantes pour venir en aide à la Grèce, à l’Irlande ou encore au Portugal, elles ne pourraient pas sauver l’Italie et l’Espagne qui voient les taux d’intérêt de leur dette augmenter à vitesse grand V. Pour rassurer les marchés, de nombreux économistes voient dans la création d'eurobonds la seule issue à la crise actuelle. Selon le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, il serait très difficile pour l'euro de survivre sans la mise en place d'obligations émises en commun par les pays de la zone. De son côté, le ministre italien de l'Economie, Giulio Tremonti, estime que la création d’eurobonds constitue la meilleure solution pour sortir la zone euro de la crise de la dette qui risque, selon lui, de gagner d'autres pays.
Pourquoi la France et surtout l’Allemagne n’y sont pas favorables?
Pour trois raisons. Tout d’abord, les eurobonds augmenteraient mécaniquement le coût du crédit des pays dont la dette est plus sûre aux yeux des investisseurs, comme l’Allemagne. Ensuite, Paris et Berlin craignent que les euro-obligations ne poussent pas les pays payant les intérêts les plus élevés, à l’instar de la Grèce, à entreprendre les réformes économiques nécessaires. Dernier point, et non des moindres, la création d’euro-obligations impliquerait un droit de regard de l'Union européenne sur les budgets nationaux. Une couleuvre difficile à avaler pour le couple franco-allemand. Signe que ni Paris ni Berlin ne sont prêts à s’engager pour l’instant sur la voie des eurobonds, ils ont exclu que la question soit évoqué mardi lors de la rencontre prévue à Paris entre le président Nicolas Sarkozy et la chancelière Angela Merkel.