Le Logo de l'Euro, devant le siège de la BCE à Francfort, le 4 août 2011.
 
Le Logo de l'Euro, devant le siège de la BCE à Francfort, le 4 août 2011.   - AFP PHOTO / FRANK RUMPENHORST GERMANY OUT

ECONOMIE La zone est mise à l’épreuve…

C’est un scénario catastrophe, prévu dans aucun texte européen et tabou dans la bouche de beaucoup il y a encore quelques semaines. Mais l’hypothèse d’une explosion de la zone euro, voyant plusieurs pays abandonner la monnaie européenne, n’est plus totalement exclue. 20minutes fait le point.

Comment pourrait se dérouler ce scénario catastrophe?

Imaginons. Nous sommes le lundi 21 novembre 2011. Il fait nuit depuis plusieurs heures à Bruxelles, mais les dirigeants européens n’ont pas avancé dans leurs discussions. Depuis 14h, ils discutent d’un nouveau plan d’aide à apporter à plusieurs pays en difficulté. La moitié des pays de la zone ne peuvent y contribuer faute de fonds suffisants. C’est donc à l’Autriche, aux Pays-Bas à la Finlande et surtout à la France et à l’Allemagne d’y contribuer.

Sauf que l’Allemagne pose comme condition une sortie temporaire de l’euro pour la Grèce et l’Irlande. Refus catégorique des autres membres, qui l’ont fait savoir dans un communiqué à 19h30. A 5h du matin, l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas publient à leur tour un communiqué. Les billets et pièces en euro portant le code d’émission de ces trois pays ne sont plus, à partir de cet instant, des euros mais des monnaies nationales. Les trois pays viennent de sortir de l’euro.

Selon plusieurs économistes interrogés, c’est le seul scénario d’explosion envisageable. En effet, une sortie volontaire des pays en difficulté serait suicidaire et semble inimaginable. Reste qu’une telle hypothèse ne pourrait avoir lieu qu’à de multiples conditions. Nous vous les expliquons ci-dessous.

Quelle est la probabilité qu’il se déclenche?
Il faudrait une conjonction d’événements défavorables pour que la zone euro s’effondre.

Tout d’abord, que les résultats économiques des pays européens ne s’améliorent pas. En clair, que les plans d’austérité plombent trop la croissance pour réduire les déficits. «Cela pourrait arriver surtout si le dollar chute fortement», estime Christian Saint-Etienne, professeur d’économie à Paris Dauphine, interrogé par 20 Minutes. Car lorsqu’un euro vaut plus d’1,50 ou 1,60 dollars, les économies du sud de la zone euro ne sont plus du tout compétitives et leur croissance est étranglée», détaille Christian Saint-Etienne.

Il faudrait également que l’Union européenne ne mette plus en place ses solutions d’urgence. C’est à dire que le Fonds de stabilisation financière ne soit pas augmenté pour financer des plans de sauvetage, et que la Banque centrale européenne cesse d’acheter la dette des pays en difficulté(1). «Pour  l’instant, la BCE aurait acheté 10 milliards de dettes. On pense que l’Allemagne ne laissera pas l’institution acheter plus de 100 milliards de ces dettes», poursuit Christian Saint-Etienne. Vraisemblablement, ces mesures d’urgence pourraient cesser si des grandes économies européennes, comme l’Italie, l’Espagne ou la France était en grave difficulté, explique l’anthropologue et blogueur Paul Jorion: « Tout simplement parce que l’Europe n’a pas les moyens de les sauver».

Quelles en seraient les conséquences?

Elles sont bien sûr difficiles à prévoir, et tout dépendrait de la valeur des nouvelles monnaies. Mais le retour à des monnaies nationales se ferait sans nul doute dans un contexte de crise, si bien que ces monnaies auraient probablement une valeur moindre que l’euro. Or la dette des Etats, elle, resterait libellée en euros, et leur coûterait donc plus cher. Un très mauvais calcul. Les importations coûteraient également plus chers. Seul un pays très exportateur comme l’Allemagne y gagnerait. Mais il perdrait du même coup l’immense marché commercial que représente la zone euro. «Il faudrait des événements d’une gravité telle que l’Allemagne n’a d’autre choix que de sortir. A court terme, je pense qu’il n’y a pas de risque d’éclatement. Mais la poudre est sur le sol», conclut Christian Saint-Etienne.

(1) Cette mesure est interdite dans les traités européens, mais a été tolérée lundi. La  BCE a acheté 8 milliards de dettes italiennes et espagnoles. Cela n’a pas suffi à stopper la crise boursière, mais cette mesure a eu le mérite de faire redescendre largement les taux d’intérêts des emprunts italiens et espagnols.  Ces taux étaient proche de 7% la semaine dernière, et sont aujourd’hui en dessous de 5%.

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