Une personne allume un joint de cannabis le 21 juin 2006 à Lyon. 
Une personne allume un joint de cannabis le 21 juin 2006 à Lyon.  - AFP PHOTO/JEFF PACHOUD

DROGUE Quelque 100.000 personnes vivent en France de ce trafic...

Quelque 100.000 personnes, des rabatteurs ou petits dealers, vivent en France grâce au trafic de cannabis, une «économie de survie» ou de la «débrouille», loin des gros revenus des caïds de la drogue, estiment policiers, chercheurs et élus.

1,2 millions de fumeurs

Il y a 1,2 million de fumeurs réguliers de cannabis en France, selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Et le chiffre d'affaires du trafic est estimé entre 700 millions et un milliard d'euros.

Un «secteur économique» hiérarchisé, qui compte au bas de l'échelle quelque 100.000 personnes, des petits dealers, selon Christian Ben Lakhdar, économiste des drogues à l'Université catholique de Lille. Ils gagneraient entre 4.500 et 10.000 euros par an.

A leur côté, le guetteur, souvent un adolescent, est payé en moyenne 100 euros par jour, et la nourrice, un habitant du quartier où a lieu le deal, touche quelques centaines d'euros par mois pour stocker.

Ils sont loin des grossistes et des premiers intermédiaires, quelques centaines ou milliers de personnes, dont le chiffre d'affaire est estimé à plusieurs dizaines voire centaines de milliers d'euros par an.

Bas de l'échelle

«En bas de l'échelle, beaucoup vivotent, se font un peu d'argent, c'est l'économie de la débrouille», dit Christian Ben Lakhdar. «Le taux de chômage dans les quartiers est très élevé, il faut bien manger» et «l'argent de la drogue vient en complément du chômage, du RSA, des petits boulots», poursuit l'économiste.

Ces petits trafiquants souvent âgés de moins de 25 ans ont pour la plupart grandi dans les quartiers populaires, sont en décrochage scolaire ou au chômage. Mais ce sont aussi parfois des actifs qui arrondissent leur petit salaire.

Le trafic «rapporte à ceux qui en vivent directement, les trafiquants en premier lieu, et à une partie de leurs proches pour faire les courses», selon une source policière.

«La majorité gagne peu, l'équivalent d'un Smic, ce qui est énorme quand les parents sont au chômage, ça permet d'accéder à la consommation, de faire vivre des familles», explique-t-on au parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

«C'est l'économie de la survie», poursuit cette source, qui raconte que lors des perquisitions, «il n'y a rien à saisir, (...) il y a très peu de signes de richesse, peut-être un écran plat, mais c'est tout».

«Dans les commerces (de Sevran), beaucoup de clients paient en liquide, et pas mal de cet argent vient du trafic», affirme Stéphane Gatignon, maire (EELV) de cette ville de Seine-Saint-Denis, un des principaux lieux du trafic de cannabis en France. Il milite pour une dépénalisation.

Trafic de drogue

Une source policière de Seine-Saint-Denis se dit persuadée que "le trafic de cannabis, souvent mêlé à d'autres trafics comme la cocaïne, soutient l'économie des quartiers", où le chômage des jeunes peut atteindre 40%.

Dans ce département, il y a du deal dans 42 cités, selon cette source policière. Si plus de 1.000 personnes ont été interpellées pour trafic de stupéfiants en 2010, il y aurait une quarantaine de gros trafiquants, qui tiennent des halls, dont le chiffre d'affaires peut atteindre 15.000 euros par jour.

Pour Etienne Apaire, président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), les petits dealers sont les «manoeuvres de la drogue»: «Tous les risques sont répartis sur les jeunes dans la rue ou dans les cages d'escalier».

«Ils pensent qu'ils vont passer au stade du dessus, mais il y a une sélection impitoyable». Pour le magistrat, l'enjeu est de «convaincre que la formation est plus payante», qu'«il est plus sûr d'avoir 1.000 euros avec un petit emploi plutôt que 600 euros sur une semaine, puis plus rien, puis prison».

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