La nomination de la ministre de l'Economie Christine Lagarde, favorite à la succession de Dominique Strauss-Kahn, à la tête du Fonds monétaire international, fait réagir la classe politique internationale ce mardi soir.
L'Elysée a immédiatement indiqué que cette désignation est «une victoire pour la France», «la présidence française se réjouit qu'une femme accède à cette importante responsabilité internationale». Le ministre des Affaires Etrangères, Alain Juppé, a de son côté souligné dans un communiqué que cette nomination était «la reconnaissance d'une femme d'exception, d'une très grande professionnelle internationalement reconnue et d'un ministre de l'économie et des finances de la France engagée et unanimement respectée». «A la tête du FMI, Christine Lagarde aura toujours le soutien de la France , qui est heureuse et fière de son succès».
Dans un communiqué, le Premier ministre François Fillon a déclaré que «les qualités unanimement reconnues de Christine Lagarde et l'autorité dont elle jouit au plan international lui ont permis de réunir un très large consensus sur sa candidature. Ce choix est un honneur pour la France». «Cette élection intervient à un moment très important pour l'institution, marquée par des évolutions profondes de sa gouvernance et des modalités d'exercice de ses missions, ainsi que par la reconnaissance de son rôle central dans les réflexions sur la réforme du système monétaire international».
Christine Lagarde a pour sa part annoncé sa désignation sur son compte Twitter, d'abord en anglais puis en français: «Chers Amis, c'est un honneur et une joie de vous annoncer que le Conseil d'administration du FMI vient de me désigner directrice générale!».
Elle a en outre estimé sur TF1 que sa nomination à ce poste - la première d'une femme dans l'histoire du FMI - était une victoire pour les femmes. «L'entretien que j'ai passé au conseil du Fonds monétaire international rassemblait les 24 administrateurs. Il n'y avait pas une seule femme dans le groupe des 24. Et quand je me suis sentie ainsi interrogée pendant trois heures par 24 messieurs, je me dis dit que c'était bien que les choses changent un peu», a-t-elle expliqué. Priée de dire s'il s'agissait d'une victoire pour les femmes, elle a répondu par l'affirmative.
Christine Lagarde a ensuite fait son premier communiqué de presse comme directrice générale du FMI, déclarant «Je suis profondément honorée par la confiance que me témoigne ainsi le Conseil d’administration. Je tiens à remercier chaleureusement l’ensemble des pays membres du FMI du large soutien qu’ils m’ont apporté. Je souhaite exprimer mon respect et mon estime pour mon collègue et ami, Agustín Carstens».
Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, a également adressé ses félicitations à la ministre, indiquant qu'elle est «une femme exceptionnelle qui a toutes les qualités et les compétences requises pour faire une remarquable directrice générale du FMI» et a souligné sa «grande aptitude à gérer les crises avec sang froid, réactivité et efficacité» ainsi que son «talent de négociatrice».
Bernard Accoyer, président UMP de l'Assemblée nationale, a fait savoir dans un communiqué qu'il prenait note «avec une grande joie et une immense fierté pour la France et pour l'Europe de la désignation de Christine Lagarde», qui «possède toutes les qualités pour diriger cette institution».
Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat chargé du commerce extérieur a estimé dans un communiqué que «la nomination de Christine Lagarde à la tête du FMI ce soir est une très grande nouvelle pour la France et pour l'Europe (...) A titre personnel, pour avoir une relation d'amitié, complice et ancienne avec Christine Lagarde, je suis très fier d'avoir travaillé à ses côtés au Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie. Cette nomination est aussi à mes yeux une grande chance pour le FMI qui bénéficiera de ses compétences reconnues par tous et de sa crédibilité sur les grands sujets financiers internationaux».
François Sauvadet, président du groupe Nouveau Centre à l'Assemblée, a écrit dans un communiqué «C'est une victoire historique. Après avoir été la première femme ministre de l'Economie et des Finances, Christine Lagarde devient la première femme à la tête d'une organisation internationale. Elle le doit tout d'abord à son formidable travail depuis 4 ans à la tête du ministère de l'Economie et des Finances et surtout à son exemplaire gestion de la crise financière».
François Hollande a appelé Christine Lagarde à oublier qu'elle a été ministre de Nicolas Sarkozy et à travailler dans la continuité de Dominique Strauss-Kahn. «Christine Lagarde est une Française, elle a des qualités. Je devrais donc me féliciter mais elle n'est pas de la même orientation que son prédécesseur et il faut qu'elle comprenne qu'elle n'est plus ministre de Nicolas Sarkozy» a déclaré le candidat à la primaire socialiste pour l'élection présidentielle de 2012 en marge d'un meeting dans le Pas-de-Calais.
Du côté de l'oppotion, Malek Boutikh, secrétaire national du Parti socialiste, a déclaré sur BFM TV «Maintenant qu'elle a été nommée et qu'elle a obtenu cette fonction, on ne peut lui souhaiter que le succès. On peut dire ce que l'on veut, mais Dominique Strauss-Kahn avait laissé une empreinte très forte au FMI, dans une situation de crise tès forte, donc elle a un très gros challenge».
Le PCF estime dans un communiqué que «Christine Lagarde a finalement été adoubée au poste de directeur général par ses pairs. Comme un symbole, la candidate des banques et des marchés financiers est promue le jour d'une grève générale du peuple grec. Une population qui n'a de cesse de dénoncer la politique initiée par ce même FMI avec la complicité du Conseil Européen. De cette succession il n'y a rien à attendre sinon le pire».
Note discordante dans ce concert de louanges, Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche, a fait savoir par communiqué que Christine Lagarde «vient d'être nommée à la tête de l'une des principales institutions du système financier qui opprime les peuples. Il n'y a aucune raison pour la France d'en être fière». «Nous savons ce qui a convaincu dans son cursus les maîtres de la finance», poursuit-il, «ce n'est pas sa nationalité, ce sont ses états de service: avocate d'affaires du premier cabinet états-unien, ancienne administratrice d'une grande banque ING direct, et membre de divers cénacles atlantistes aux côtés d'Henri Kissinger et d'autres figures de proue de l'impérialisme états-unien».
Nicolas Dupont-Aignan, député et président de Debout la République souligne dans un communiqué qu'«à l’heure où la Grèce s’enfonce dans le chaos sous la pression du FMI et de l’Union européenne, la nomination de Christine Lagarde au FMI est tout un symbole : l’un des pyromanes monte en grade et devient le chef des pompiers». «Ce n’est pas une victoire pour la France mais le triomphe d’un système financier mondialisé et sans contrôle qui trouve en l’ancienne ministre son meilleur avocat». «Les peuples n’y gagneront rien et les Français découvriront vite que loin de servir les intérêts de la France, Lagarde sera, comme elle a toujours été, aux ordres d’une petite oligarchie bancaire».
La Française a été félicitée par le numéro un de l'institution soeur du FMI, le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick. «Partout où elle a travaillé, elle a eu une voix et une influence fortes. J'ai hâte de collaborer étroitement avec elle et avec le FMI sous sa direction», a-t-il déclaré dans un communiqué.
Agustin Carstens, le gouverneur de la banque centrale du Mexique et seul candidat en lice face à la ministre française, a déclaré qu'il adressait tous ses voeux de réussite à Christine Lagarde. Il a ajouté que la Française serait une directrice générale du FMI très compétente et a exprimé ses remerciements à tous ceux qui l'ont soutenu: «Je salue le choix de Christine Lagarde comme directrice générale du FMI; je lui souhaite le meilleur et elle a tout mon soutien», a-t-il dit dans un communiqué.
Le secrétaire au Trésor des Etats-Unis, Timothy Geithner, a indiqué dans un communiqué que «le talent exceptionnel de la ministre Lagarde et sa grande expérience seront des atouts incalculables pour cette institution indispensable en un moment critique pour l'économie mondiale».