Didier Heiderich, président de l'Observatoire international des crises et consultant en gestion de crise
Didier Heiderich, président de l'Observatoire international des crises et consultant en gestion de crise - DR

AUTOMOBILE L'avis de Didier Heiderich, président de l'Observatoire international des crises et consultant en gestion de crise, sur la gestion de l’affaire Renault...

Le conseil d’administration de Renault a accepté lundi la démission de plusieurs dirigeants, dont le numéro 2 Patrick Pélata. Est-ce suffisant pour amorcer une sortie de crise?

C’était inévitable, mais pour moi ce sera insuffisant. On a qualifié Patrick Pélata de fusible et cela montre bien qu’il n’est pas le seul dirigeant au cœur de cette affaire.

C’est bien Carlos Ghosn qui s’est mis en avant après l’éviction des trois cadres, notamment en communiquant sur TF1 et en répétant qu’il disposait de «certitudes» et de «preuves multiples» d’espionnage.  A partir de là, il est devenu le chef de file de Renault sur le dossier et c’est lui qui est directement affaibli.  Les jours de Carlos Ghosn à la tête de l’entreprise sont comptés, sa position est intenable, il devra partir.

Vous pensez que c’est Carlos Ghosn qui aurait dû démissionner?

Non. Il fallait agir, et c’est ce qui a été fait lundi, avec le départ de plusieurs hauts responsables. Mais il ne fallait pas décapiter l’entreprise et Carlos Ghosn devait rester pour le moment. Maintenant il faut reprendre Renault en main, rebâtir un système de management et c’est seulement ensuite qu’il devra quitter la tête du groupe.

Quel impact l’affaire peut-elle avoir sur l’entreprise en interne?

Il faut imaginer les terribles conséquences qu’a cette crise dans les équipes. Carlos Ghosn avait l’image d’un dirigeant de haut rang, un stratège génial, qui dirige et diligente peu. Or, l’enquête révèle peu à peu que des décisions graves ont été prises, sans aucune preuve concrète. Tout le monde a pu entendre des entretiens audio hallucinants de l’affaire, il y a probablement des stigmates terribles en interne. Comment parler de motivation aux salariés après ce qu’il s’est passé? On sentira par exemple des conséquences dès les négociations salariales, dans la politique de ressources humaines ou même dans les décisions industrielles qui pourront être contestées en interne.

Menace-t-elle l'entreprise dans ses activités, à l'international notamment?

Pour les clients, cela ne change pas grand-chose donc je ne pense pas qu’il y aura des conséquences sur les ventes. Mais Renault, ce ne sont pas que des voitures vendues. C’est surtout une énorme machine au sommet de laquelle il faut prendre des décisions sur les marchés à conquérir, sur les types de modèles qui seront les voitures de demain, sur la politique industrielle de long terme… Et comment trancher sur ces décisions stratégiques, quand vous avez montré que vos décisions peuvent être prises de manière irrationnelle? Cela va être compliqué, de même que les relations avec les partenaires commerciaux, ou avec l’Etat français, qui est actionnaire mais qui a tout de même été court-circuité par les enquêteurs de Renault.

 

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