Les 35 heures, un enjeu aussi idéologique qu'économique

TRAVAIL Derrières les arguments économiques, deux choix de société s'affrontent...

Thibaut Schepman

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Le député PS Manuel Valls a affirmé que les Français étaient "encore sceptiques à l'égard du PS" sur les retraites et dit qu'il ne voterait pas "en l'état" le projet sur l'égalité réelle du parti qui en discutera mardi, jugeant qu'"on fait l'inverse" de ce qu'il fallait faire.

Le député PS Manuel Valls a affirmé que les Français étaient "encore sceptiques à l'égard du PS" sur les retraites et dit qu'il ne voterait pas "en l'état" le projet sur l'égalité réelle du parti qui en discutera mardi, jugeant qu'"on fait l'inverse" de ce qu'il fallait faire. — Martin Bureau AFP/Archives

«Déverrouiller les 35 heures.» La petite phrase de Manuel Valls a suffi à lancer la première polémique de l’année 2011. Mais derrière chaque argument économique, ce sont surtout des points de vue idéologiques qui s’affrontent.
 
Depuis le 1er février 2000, la durée légale du travail en France est fixée à 35 heures. Au-delà, toute heure travaillée devait être rémunérée ou récupérée, dans une limite de 130 «heures sup’» par an. Depuis, de nombreuses réformes ont augmenté ce seuil. En 2007, la loi Tepa a par ailleurs défiscalisé les heures supplémentaires et majoré leur rémunération, afin d’inciter entreprises et les particuliers à y avoir recours. Un mot d’ordre: «Travailler plus pour gagner plus».

Partage du temps de travail

La pilule a du mal à passer pour les partisans du partage du temps de travail. Ainsi, Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques, rappelle que le nombre d’heures supplémentaires réalisées chaque année en France «représentent l'équivalent de 390.000 emplois à temps plein». Et les 4 milliards d'euros «gaspillés chaque année pour subventionner ces heures supplémentaires» permettraient selon lui de «payer intégralement 100.000 emplois supplémentaires». Partager le temps de travail ou permettre à certains de gagner plus avec des heures sup’, c’est bien un choix de société. Pour le bilan économique, les analystes s’arrachent les cheveux.
 
Entre 1998 et 2002, années du passage aux 35 heures, 1,9 million d’emplois ont été créés. Mais il est très difficile de distinguer l’impact réel de la réforme du temps de travail. En effet, la France connaissait alors une période de croissance et donc de créations d’emplois. Certains, surtout à gauche, attribuent la hausse de l’emploi à la seule réforme. D’autres, surtout à droite, nient tout impact. L’Insee estime de son côté que l’«on peut ainsi retenir une fourchette d’effets sur l’emploi de l’ordre de 6 a 7% pour une baisse de la durée du travail de 10%». Soit plus de 350.000 emplois qui auraient été créés de 1998 à 2002.

Revenir aux 39 heures, vraiment?

Certains militent malgré tout pour le retour aux 39 heures. «Est-ce que dans le monde tel qu'il est aujourd'hui, avec la concurrence que nous connaissons, nous pouvons nous permettre d'être sur des idées des années 70, 80 et 90? Non! C'est ma marque, il faut dépasser la question des 35 heures», a annoncé Manuel Valls, candidat aux primaires PS pour la présidentielle. «Cela doit permettre aux Français, pour ceux qui ont la chance d'avoir un emploi, de travailler davantage - deux heures, trois heures... - sans avoir recours forcément aux heures supplémentaires qui ont beaucoup coûté à l'Etat», a-t-il ajouté. En décembre dernier, déjà, le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé avait annoncé vouloir lancer un débat sur ce thème. Une solution immédiatement rejetée par le gouvernemnt, le ministre du Travail Xavier Bertrand en tête.

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