Nicolas Sarkozy a présenté mardi ses grands axes pour réorganiser la filière nucléaire. Entre les bisbilles des uns et les échecs des autres, le chef de l’Etat veut remettre de l’ordre dans un secteur très stratégique pour la France.
Car elle n’est pas au mieux. Les dissensions entre les deux grandes entreprises du secteur, EDF et Areva, plombent la filière. Les difficultés rencontrées par l’EPR sur les chantiers des centrales de Flamanville (Manche) et d’Olkiluoto, en Finlande, remettent en cause le modèle du réacteur nucléaire à la française.
L’échec du consortium mené par Areva, EDF et Total aux Emirats arabes unis en décembre dernier a aussi mis en lumière la mauvaise organisation du secteur.
Très critiqué, le secteur nucléaire n’en reste pas moins stratégique. Il contribue tout d’abord à l’indépendance énergétique de la France, selon la synthèse du rapport de l'ex-PDG d'EDF, François Roussely, remis la semaine dernière.
Il occupe ensuite une place de choix dans l’économie française avec près de 200.000 emplois directs et indirects. Entre EDF, Areva et Alstom, la filière compte enfin plusieurs des grands fleurons industriels de la France à l‘étranger.
Selon la synthèse du rapport Roussely, le défi est double. Sur le plan national, le secteur doit mener à bien les chantiers de nouvelles centrales, assurer le bon fonctionnement et la sécurité du parc actuel, et améliorer la gestion des déchets nucléaires.
Sur le plan international, la demande en énergie nucléaire ne cesse de progresser. Cela «se traduira probablement par (…) environ 250 nouvelles centrales d’ici vingt ans», explique le rapport.
La France doit donc conquérir ces nouveaux marchés dans un secteur de plus en plus concurrentiel. Pour le contrat de 20 milliards de dollars aux Emirats arabes unis, c’est ainsi finalement un consortium sud-coréen qui avait été choisi.
Nicolas Sarkozy a d’ores et déjà annoncé une coopération renforcée entre EDF et Areva et désigné l’électricien comme le chef de file de la filière.
Le rapport Roussely préconise aussi notamment de créer un ministère, ou un secrétariat général, de l’Energie. L'idée est que l’Etat garde un rôle central dans l’organisation du secteur.
Deuxième proposition du rapport: optimiser l’EPR pour le simplifier et le rendre moins cher. François Roussely conseille également de diversifier l’offre des réacteurs de troisième génération. Le réacteur de moyenne puissance, l'Atmea, développé par Areva avec le japonais Mitsubishi, pourrait ainsi être développé.
Sous réserve d’une sécurité constante, le rapport propose aussi d’allonger la durée de vie des centrales nucléaires de 40 à 60 ans pour renforcer la compétitivité économique du nucléaire.