Retraites: qu'est-ce qu'un travail pénible?

SOCIAL La définition du gouvernement est jugée bien trop restrictive par les syndicats et l'opposition...

Elsa Meyer

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Ouvriers du bâtiment sur un chantier.

Ouvriers du bâtiment sur un chantier. — G. MICHEL/SIPA

La pénibilité du travail sera prise en compte pour pouvoir partir à la retraite plus tôt. Le ministre du Travail, Eric Woerth, l’a annoncé mercredi lors de la présentation des grands axes de sa réforme des pensions. Mais la définition du gouvernement de ce qu’est un travail pénible a suscité des levées de boucliers. L’opposition et les syndicats la jugent beaucoup trop restrictive.

Trois facteurs

La réforme des retraites prévoit de maintenir à 60 ans, contre 62 ans en 2018 pour les autres salariés, l’âgé légal de départ pour tous ceux qui ont en un emploi jugé pénible.  L’objectif est de prendre en compte le fait qu’un ouvrier vit en moyenne par exemple six années de moins qu’un cadre.

La pénibilité au travail se définit traditionnellement par trois facteurs: des contraintes physiques marquées, comme dans le BTP, un environnement agressif, telle une exposition aux produits toxiques, ou certains rythmes de travail.

Conditions strictes

Hors de question cependant pour le gouvernement d’établir une liste de métiers plus difficiles que les autres. La pénibilité sera donc évaluée au cas par cas et les conditions sont strictes. Le salarié devra d’abord prouver à un médecin qu’il souffre «d’un affaiblissement physique avéré» au moment où il souhaite partir à la retraite.

Ce départ anticipé pour pénibilité ne s’appliquera ensuite qu’aux personnes qui peuvent justifier d’une incapacité de travail d’au moins 20% qui donne lieu à une rente pour maladie professionnelle ou accident de travail.

Les manutentionnaires, les équipementiers automobiles ou les éboueurs souffrant d'une hernie discale seront ainsi concernés selon le gouvernement.

Une définition trop restreinte?

Les syndicats et l’opposition ont cependant rejeté cette définition. Elle exclut, selon eux, une grande partie des salariés avec un travail pénible. Le ministre du Travail chiffre ainsi à 10.000 personnes par an le nombre de bénéficiaires, soit moins que les besoins estimés rien que pour le BTP

Car le dispositif ne prend tout d’abord pas en compte tous les problèmes psychiques, comme la dépression, ou les pathologies qui ne rentrent pas dans la liste des maladies professionnelles. Et la réforme exclut surtout  les maladies qui se déclenchent après l’arrêt de l’activité.

Porte ouverte

Seront ainsi par exemple écartés du dispositif «les salariés qui ont été exposés à des produits cancérogènes» mais n'ont «pas de traces physiques», à 60 ans, selon les associations Fnath (handicapés) et Andeva (victimes de l'amiante).

On sait «très bien qu'il y a des maladies liées à l'environnement, à des produits utilisés qui se déclarent après le départ en retraite, donc on ne peut pas les déceler par une visite médicale deux ans avant», a aussi souligné jeudi la première secrétaire du Parti communiste, Marie-Georges Buffet, sur Canal+.

Eric Woerth a assuré que son bureau était grand ouvert jusqu’à vendredi pour discuter, et non négocier, de cette question de la pénibilité. Mais la CGT et FO ont déjà indiqué qu’ils ne pousseraient pas la porte.