Installation de panneaux photovoltaïques.
Installation de panneaux photovoltaïques. - GILE MICHEL/SIPA

ECONOMIE Les prévisions d'emploi dans les secteurs du développement durable confrontées à la réalité...

Chacun y va de son estimation: le Boston Consulting Group parie sur 600.000 emplois d’ici à 2020, le Ministère de l’Ecologie s’aligne sur ce chiffre, le WWF annonce 684.000 postes... Les emplois verts se présentent comme une manne qui permettrait de conjuguer développement durable, croissance économique et emploi. Mais la réalité est quelque peu différente.

Prendre en compte les emplois détruits

Dans un avis rendu par le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) en janvier 2010, la prévision de 600.000 créations d’emploi ne prendrait pas en compte les emplois détruits dans les secteurs de l’automobile ou de la sidérurgie par exemple. Selon la CFDT, le solde net de création d’emplois pour 2020 serait plus proche de 60.000 que de 600.000.

La conjoncture économique a aussi son mot à dire: alors que l’Ademe annonçait une croissance de 3% des emplois dans les éco-activités en 2009, le bâtiment, pourtant concerné par les mesures de rénovation, d’isolation thermique et de mise aux normes environnementales, perdait 36.600 emplois au premier semestre 2009.

Reste l’apparition de certaines activités, comme les énergies renouvelables ou la mesure de la performance énergétique des bâtiments, qui seront potentiellement créatrices d’emplois nets, à condition que les formations pour y accéder existent. Par exemple, le métier de conseiller en énergie renouvelable ou celui d’ingénieur en efficacité énergétique devraient se développer.

Quels emplois «verts»?

Autre biais dans les calculs: qu’appelle-t-on un emploi «vert»? En consultant les offres de Pôle emploi, on constate que beaucoup de métiers ont simplement été labellisés «verts»: agent d’entretien des espaces verts, ingénieur des eaux et forêts, agent de déchetterie... Rien de nouveau, sauf le classement de ces emplois.

La question du périmètre des emplois verts est difficile à résoudre: un cheminot a-t-il un emploi «vert»? Le train est pourtant le moyen de transport motorisé le moins polluant...

De plus, le développement durable devient une compétence supplémentaire qu’il faut posséder pour accéder à certains postes, notamment dans l’agriculture ou le BTP, rendant encore plus difficile l’accès à ces postes aux personnes peu qualifiées. 

Faut-il y croire?

Le COE reste optimiste:«La croissance verte peut être significativement créatrice d’emplois dans les nouvelles activités». Mais ce n’est pas pour tout de suite et avec une ampleur «incertaine à moyen et long terme» selon le COE.

Selon une étude réalisée par le cabinet de recrutement Michael Page fin 2009, les profils les plus recherchés à l’heure actuelle sont les chefs de projet et les commerciaux énergies renouvelables, les ingénieurs efficacité énergétique des bâtiments, les juristes droit de l’environnement, les chefs de projet en site et sols pollués, les experts Bilan Carbone, et d’autres postes de management ou de gestion de projet.

Les mesures de réduction des émissions de CO2 prévues dans le Grenelle de l’environnement vont obliger les entreprises à s’adapter. Mais pour que les emplois verts deviennent une réalité et pas un moyen de faire passer la pilule de l’écologie, il faudrait une reconversion du paysage industriel français accompagnée par des offres de formation ou de reconversion des salariés.

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