La Grèce devra s'expliquer devant la Commission européenne d'ici à la fin février sur ses tours de passe-passe budgétaires.

Bruxelles souhaite en savoir plus sur un montage financier réalisé avec la banque d'investissement américaine Goldman Scahs, qui aurait permis au gouvernement grec de dissimuler l'ampleur de sa dette, d'après des informations révélées par le New York Times.

La banque aurait utilisé des montages basés sur des produits dérivés (swap de devises) proches de ceux à l'origine de la crise financière américaine (swap de taux d'intérêt).

Swap sur devises

En 2001, alors que le pays venait tout juste d'entrer dans la zone euro, les critères du traité de Maastricht l'empêchaient de dépasser un niveau d'endettement supérieur à 60% de son PIB. Pour contourner cette règle, Goldman Sachs a proposé au gouvernement un montage de swaps sur devises.

Au lieu d'un emprunt classique, ce produit financier consiste en un échange entre deux parties, d'une dette libellée dans une devise, l'euro par exemple, contre une dette libellée dans une autre devise, comme le dollar.

Cet échange n'apparaît pas comme une dette sur les comptes mais comme une opération de trésorerie. Le dispositif aurait pourtant, dans les faits, permis à la Grèce d'emprunter jusqu'à 1 milliard de dollars, selon l'article, sans que les investisseurs ou Bruxelles ne soient au courant.

Montage légal

Ce montage financier n'était pourtant pas du tout illégal en 2001. "Le genre de contrats dérivés dont il a été fait état dans certains journaux étaient légaux à l'époque. Et la Grèce n'était pas le seul pays à les utiliser", s'est défendu hier le ministre grec des Finances Georges Papaconstantinou lors d'une conférence à Bruxelles.

"Depuis qu'ils sont illégaux, la Grèce ne les utilise plus", a-t-il ajouté. En novembre dernier, quelques mois avant que la crise budgétaire actuelle ne soit révélée, Goldman Sachs est arrivé à Athènes avec un nouvel instrument dans ses bagages, selon le New York Times. La banque proposait un dispositif pour repousser dans le temps le poids de la dette sociale grecque mais le mécanisme n'a finalement pas été retenu.

Autres pays

Toujours selon le journal, la Grèce n'est pas la seule à avoir maquillé ses comptes en Europe ces dernières années. En 1996, l'Italie a par exemple eu recours au même type de dispositif de swap avec la banque américaine JP Morgan pour cacher l'ampleur de son déficit public.

Et le gouvernement grec n'en est d'ailleurs pas à son premier coup d'essai. Il avait déjà été accusé d'avoir trafiqué l'état de ses finances publiques pour respecter les critères de Maastricht en termes de déficits publics et intégrer la zone euro il y a neuf ans.

Satistiques peu fiables

La Commission européenne a de nouveau épinglé la Grèce en janvier dernier sur la fiabilité de ses statistiques. En octobre 2009, le pays a brutalement revu à la hausse sa prévision de déficit public pour l'année à 12,5% contre 3,7% auparavant, révélant ainsi l'état catastrophique de ses comptes.

Pour éviter que les Etats de l'Union européenne ne puissent dissimuler la réalité de leur situation budgétaire, Bruxelles a exigé hier qu'Eurostat, l'Office européen des statistiques, ait davantage de pouvoir pour contrôler les finances nationales.

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