Microsoft a choisi d'attaquer le cœur même du modèle économique de Google. Une stratégie plus risquée pour les deux géants.

Payer les sites pour les indexer, ou payer pour qu'ils se retirent d'un moteur de recherche concurrent. La stratégie explosive de Microsoft et News Corp est une attaque directe contre le cœur du modèle économique de Google.

En effet, le numéro un des moteurs de recherche, comme d'ailleurs ses concurrents, ne paye pas les sites Internet pour les indexer. "Tous les sites ont intérêt à figurer dans ses résultats, et ce gratuitement parce que Google draine un trafic phénoménal", explique à E24 Andrew Franck, analyste et vice-président chez Gartner.

La stratégie de Microsoft vise donc à réduire les marges mirifiques de Google (en 2008, le groupe a dégagé 29,7% de marge brute et plus de 19% de marge nette).

Le coût du trafic

En rémunérant les éditeurs, Microsoft pourrait en effet inciter Google à se montrer lui aussi plus généreux envers les sites d'info. Or, la rentabilité de Google dépend en grande partie du "coût d'acquisition du trafic", c'est-à-dire du pourcentage des recettes publicitaires qu'il reverse aux sites web partenaires. Ce coût représentait 5,9 milliards de dollars, soit 28% du chiffre d'affaires de Google en 2008. C'est environ deux fois plus que les dépenses de recherche et développement du groupe.

Inciter Google, en plus de ce partage des recettes, à rémunérer les sites pour les référencer, c'est détruire le modèle qui a fait la réussite du géant. L'efficacité de la stratégie de Microsoft dépendra du nombre d'éditeurs qui suivront l'exemple de News Corp… et du nombre d'internaute qui migreront vers Bing. Deux -très- grosses inconnues qui conditionneront le déclenchement de la guerre du référencement entre les deux moteurs de recherche.

L'exception Twitter

Un seul site a réussi dernièrement à faire payer Google et Microsoft pour donner accès à son contenu: Twitter. Le site de micro-blogging en temps réel dispose d'un contenu tellement exclusif -les twitts des abonnés- qu'il a réussi à monnayer son indexation aux géants que sont Google et Microsoft.

Mais ce qui fonctionne pour Twitter n'est pas forcément applicable aux sites d'informations, qui diffusent rarement du contenu aussi rare. Comme le souligne Techcrunch, "une info exclusive a une durée de vie de 30 secondes" sur Internet, à cause (ou grâce) aux liens, aux reprises, etc. Pas sûr, donc, que le barrage que veut construire Microsoft et Murdoch autour d'un hypothétique contenu exclusif soit très étanche.

Mauvais signal

Enfin, l'initiative de News Corp et de Microsoft "n'est peut-être pas un bon signal envoyé par le géant du logiciel", relève Mathieu Perona, doctorant à la Paris School of Economics et blogueur. "Malgré sa puissance financière, Microsoft n'attaque pas Google sur la qualité du moteur de recherche mais préfère plutôt payer pour retirer du contenu à son concurrent".

Comme si Microsoft manquait de confiance dans les capacités de Bing.

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