Noyé dans le succès planétaire de sa plate-forme de musique en ligne, Apple pourrait bien offrir un kiosque électronique et mobile pour la presse.

Et si Apple préparait une révolution pour l'information comparable à celle menée dans la musique avec iTunes? La semaine dernière à Cupertino, au siège de la firme, Scott Forstall responsable de la plate-forme logicielle de l'iPhone présentait la version 3.0 de l'Operating System, le "moteur" du téléphone d'Apple et de l'iPod Touch. La référence n'a duré que quelques minutes sur l'heure et demie consacrée aux nouvelles fonctionnalités du logiciel, mais elle était explicite: Forstall a pris l'exemple d'un "eMagazine" auquel on s'abonnerait par l'intermédiaire d'iTunes en un seul clic et qui serait délivré, soit par le réseau GSM soit par wifi.

Le procédé a de quoi séduire les éditeurs: élimination de la logistique liée à l'impression et à l'acheminement de tonnes de papier (donc une rectitude environnementale absolue), des coûts amputés de 50% à 60%, un investissement concentré sur la production de contenus. Evidemment, cela suppose une sérieuse révision de la structure de recettes du produit éditorial: aujourd'hui, beaucoup de magazines réalisent l'essentiel de leur chiffre d'affaires grâce à la publicité. Or sur l'écran d'un iPhone, celle-ci devra s'adapter considérablement (un beau champ d'expérimentation pour les agences de pub). Mais encore une fois, l'économie sera avant tout bouleversée en amont, du côté des coûts d'exploitation.

A bien des égards, Apple est mieux placé qu'Amazon pour développer une offre globale. Le Kindle 2 lancé il y a un mois et demi par le géant de la librairie en ligne constitue un progrès significatif dans le domaine du livre -et du magazine- électronique, mais il n'est pas à la hauteur du couple iPhone iPod Touch, ni techniquement, ni commercialement. Avec son livre électronique, Amazon vise avant tout le marché américain. Pour la marque, un pays comme la France, c'est le Burundi : lorsqu'on entre "kindle 2" sur le site français, on se retrouve sur une page proposant un produit concurrent, le Be Book (il y a un progrès: deux mois auparavant, le mot Kindle renvoyait à une sélection de livres érotiques).

Par opposition, Apple a une stratégie globale. Son iPhone est présent dans 80 pays et il s'en est vendu 17 millions depuis son lancement en juillet 2007. Et si l'on ajoute l'iPod Touch, le parc dépasse les 30 millions (en France, un demi-million d'iPhone 3G on été vendus par Orange au cours des six derniers mois de 2008). L'iPhone, ce sont aussi d'innombrables accords avec des opérateurs de téléphone mobile qui ont tous adapté leur réseau pour accueillir les fonctionnalités spécifiques de l'appareil. L'infrastructure commerciale et technique est là. Il manque juste la plate-forme technique.

Car lire le contenu d'un journal sur un écran de 6 cm de haut et 5 cm de large n'est pas des plus aisés. Si Apple a délibérément laissé décoller sans lui le marché des ordinateurs ultra-portables, tous les krémlinologistes de la marque s'accordent à dire qu'elle prépare sa contre-offensive. Certains comme, ComputerWorld pensent que la marque s'inspirera d'un modèle imaginé par Lenovo -lequel ne fut pas commercialisé car trop cher à fabriquer (pas un problème pour Apple qui sait faire payer un premium à ses fidèles). Mais le plus probable est une version élargie de l'iPod Touch, peut-être de la taille d'un livre de poche, qui permettra non seulement de lire des pages de textes avec plus de confort, mais aussi de profiter de la nouvelle offre d'achat et de location de films en haute définition, annoncée la semaine dernière par la marque: seulement un mois après leur sortie en salle, les utilisateurs américains d'iTunes peuvent soit acheter pour 15 dollars, soit louer pour 5 dollars un film récent, un nouveau missile en direction de l'industrie du cinéma.

Pour en revenir à l'information en ligne, elle partage des caractéristiques communes avec l'industrie musicale: un modèle économique balayé par la gratuité numérique -illégale pour la musique, légale pour l'information-, des acteurs davantage pétris d'une culture de la complainte (et de la subvention dans le cas de la presse) que de l'innovation et enfin un produit par essence dématérialisable dont la valorisation est en chute libre. Dans un tel contexte, une approche novatrice devient une nécessité vitale...

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