Guillaume Guichard

Encore une année en recul pour le marché français de la bière... et 2009 ne s'annonce pas beaucoup mieux. La consommation a baissé de 5% en volume, à 18,6 millions d'hectolitres, selon les chiffres annoncés mercredi 10 juin par les Brasseurs de France. Les cafés, hôtels et restaurants (CHR) ont vu leurs ventes reculer de 11%, alors que ce secteur représente un quart du marché.

Les ventes de bière dans les CHR ont souffert en 2008 "d'une conjonction de facteurs défavorables", selon les Brasseurs de France. En début d'année, la consommation a fortement chuté dans l'hôtellerie-restauration à cause de l'interdiction de fumer, entrée en application en 2007. Au premier trimestre 2008, les bars et autres cafés enregistraient ainsi une chute de 15% en volume. Au dernier trimestre, la récession économique a affecté la filière, avec de nouvelles baisses de consommation à partir de septembre.

6.200 fermetures

Surtout, le rythme des fermetures de cafés, hôtels ou restaurants s'est accéléré en 2008. Près de 6.200 établissements ont cessé leur activité, soit 40% de plus par rapport au début des années 2000. Le premier trimestre 2009 s'annonce tout aussi inquiétant, avec 1.700 défaillances.

En revanche, la consommation à domicile (achetée dans les différents circuits de distribution) n'a connu qu'une régression de 2,6% en volume. Cette relative résistance masque une évolution des habitudes de consommation. Les magasins de proximité ont vu leurs ventes reculer de 5,9%, à 1,44 million d'hectolitres, alors que le hard discount a vu les siennes progresser de 2,6%. Les hyper et supermarchés limitent la casse (-1,8%, à 8 millions d'hectolitres).

Bières spéciales

Dans ce contexte, les brasseurs s'en sortent plutôt bien. Les chiffres de la production sont restés stables (-0,2%), à 15,1 millions d'hectolitres, grâce à la vigueur des exportations (+33,3%). Et, en valeur, les ventes ont augmenté de 3,6%, à environ 12,6 milliards d'euros. Un chiffre obtenu grâce au succès croissant des bières dites "spéciales" (plus de 5 degrés d'alcool) et "de spécialité" (bière d'abbaye par exemple), qui ont enregistré des hausses de 10,7 et 8,3% et représentent aujourd'hui près des deux tiers du marché. De quoi compenser la baisse du chiffre d'affaires de la bière dite classique (-6,1%).

L'année 2009 s'annonce néanmoins sous de mauvais auspices. Selon une étude de Xerfi, le marché devrait chuter de 2,8% en 2009. Sur les six premiers de l'année, les ventes ont chuté de 8% au total. "A l'heure qu'il est, ce n'est pas bon et si ça continue comme ça, alors il faudra s'inquiéter", a reconnu Gérard Laloi, président des Brasseurs de France. Tout dépendra finalement du temps qu'il fera cet été. "La filière réalise la majeur partie de ses ventes de juin à août, et une variation de un degré de la température peu entrainer une hausse ou une baisse de 4% du chiffre d'affaires", ajoute Gérard Laloi.