Crise en Grèce: comment les spéculateurs ont fait chuter l'euro

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Publié le 11 mai 2010.

ECONOMIE - Ils ont profité du manque de gouvernance européenne et exploité la faille grecque...

Les pompiers européens ont fini par arriver. Malgré un net retour à la normale ce mardi après l’euphorie de la veille, le vaste plan de 750 milliards d’euros adopté dimanche par l’Union européenne pour soutenir la zone euro a tout de même contribué à réinjecter un peu de confiance sur les places financières. Suffisant pour museler les spéculateurs? Pas sûr. 

«Ce sont bien les spéculateurs qui ont mis à mort la Grèce»

«Désormais les spéculateurs doivent savoir qu'ils en seront pour leurs frais», menaçait Nicolas Sarkozy dimanche. Pourtant, selon Eric Heyer, directeur adjoint au Département analyse et Prévision de l'OFCE (Observatoire Français des Conjonctures économiques), les coupables désignés (hedge funds, fonds de pension, de placement, banques d’investissement,…) ne sont pas forcément ceux que l’on croit: «Ce sont bien les spéculateurs qui ont mis à mort la Grèce en jetant de l’huile sur le feu, mais ce ne sont pas eux qui ont initié le phénomène».

Les marchés financiers gagnent de l’argent en spéculant, soit en pariant sur l’avenir. Et «les grands fonds ont une dimension telle que leurs paris sont auto-réalisateurs», ajoute l’économiste, joint par 20minutes.fr. «Dans le cas de la crise actuelle, ils ont voulu jouer la baisse de l’euro. Pour que cela se réalise, il fallait mettre la panique dans sa zone, ce qu’ils ont réussi à faire grâce au point faible qu’est la Grèce.»

Le retard des pompiers européens

Ils auraient très bien pu s’en prendre aux Etats-Unis ou au Japon, mais c’est l’Europe qui a été choisie. Pourquoi? «Parce que c’est une zone vieillissante, à la croissance faible, et surtout parce qu’il y réside une crise de la gouvernance économique, concrètement, il n’y a pas de pompier comme dans les autres pays», explique Eric Heyer. La faute serait donc avant tout politique car l’absence d’une autorité supranationale a laissé une marge de manœuvre conséquente pour les spéculateurs.

Les secours européens sont arrivés trop tard, l’euro a chuté, le pari des spéculateurs a été gagné. Pire, parmi ces derniers, on trouverait des banques européennes dont des établissements français aidés par l’Etat durant la dernière crise économique. «Il les a sauvés, ils se retournent contre lui, c’est le côté amoral de la finance dans toute sa splendeur», indique Eric Heyer.

«Tant que les spéculateurs trouveront des failles, les attaques ne cesseront pas»

Et nul ne peut vraiment faire quelque chose à l’encontre du marché. «Tant que les spéculateurs trouveront des failles, les attaques ne cesseront pas», explique l’économiste. Après la Grèce, ce sont le Portugal et l’Espagne qui ont été visés. Toutefois, le plan de sauvetage européen devrait «calmer le jeu», car il est «bien dimensionné et garantit aux maillons faibles de la zone euro de ne pas faire faillite».

Malgré la «mobilisation absolument générale» décrétée vendredi soir par Nicolas Sarkozy, Eric Heyer se veut pessimiste: «C’est l’avantage des crises, on fait de grandes avancées, mais, effectuées dans l’urgence, celles-ci sont précaires et réversibles.» Selon l’économiste, les Etats ont raté l’occasion, lors de la dernière crise économique, de réguler les banques: «Aujourd’hui, c’est trop tard. Il faudra désormais attendre la prochaine crise.»

Corentin Chauvel
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