Faut-il séquestrer son patron ou menacer de faire sauter son usine pour se faire entendre?

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Publié le 2 avril 2010.

SOCIAL - Ce type d'action très médiatique prend de l'ampleur et ça marche...

Les pouvoirs publics parlent de «chantage» ou de «prise d'otage», et pourtant séquestrer son patron ou menacer de faire sauter son usine est un recours qui porte ses fruits dans des conflits où le dialogue est rompu. Dernier cas en date: le site Sodimatex de Crépy-en-Valois (Oise) que les salariés entendent faire exploser depuis jeudi.

Des techniques qui «ont fait leurs preuves»

Si ces techniques extrêmes sont de plus en plus fréquentes ces derniers mois, c'est évidemment parce qu'«elles ont fait leurs preuves», explique à 20minutes.fr Stéphane Sirot, historien et spécialiste des mouvements sociaux. «Si les salariés ne montrent pas qu'ils peuvent aller loin, ils ne se font plus entendre.»

Un dernier recours que ne cautionne pourtant pas forcément les directions syndicales. «On défend les salariés, pas les actions violentes», prévient Marcel Grignard, secrétaire général adjoint de la CFDT, joint par 20minutes.fr. Pour lui, les résultats ne sont, en plus, pas forcément meilleurs: «Cela peut devenir contre-productif et se retourner contre les salariés».

Des actions «très marginales»

Pourtant, ces ultimes recours qui avaient plus ou moins disparu sont bel et bien de retour pour Stéphane Sirot. Faux affirme le syndicaliste qui estime que ces actions restent encore «très marginales»: «En un an, il y en a eu à peine une vingtaine, alors que des dizaines de milliers d'entreprises ont été confrontées à des difficultés.»

«Quand cela se pose, c'est souvent parce que la direction locale de l'entreprise est absente ou sans pouvoir parce qu'elle appartient à une multinationale», précise Marcel Grignard qui concède que les salariés ont tout de même «pigé que la médiatisation de leur conflit leur permettrait d'arriver à leurs fins». «Mais il faut trouver des solutions par le dialogue», préconise le syndicaliste.

Décalage entre la base et les directions syndicales

Pourtant Stéphane Sirot fait remarquer que, dans ces cas extrêmes, il existe un véritable décalage entre la base et les directions syndicales sur les actions préconisées pour obtenir des résultats. Une rupture qui risque de prendre de l'ampleur: «Les directions syndicales, qui sont désormais dans la modération et le dialogue, n'arrivent plus à contrôler la colère de leur base.»

Le spécialiste des mouvements sociaux estime ainsi que ces phénomènes ne sont pas prêts de s'arrêter, la faute à une conjonction d'éléments défavorables aux salariés: «Un Etat pas assez à l'écoute, un droit du travail détricoté et un dérèglement des relations sociales».

Des pouvoirs publics pas inquiets

Et ces ultimes recours, malgré leur violence symbolique, ne risquent pas de faire changer de ligne les pouvoirs publics pour autant, même si, sur le moment, ils interviennent. «Mais ils ne craignent pas grand-chose tant que ce sont des actes ponctuels», tempère Stéphane Sirot.

Pourtant les salariés vont persister, parce que «c'est une bouée de sauvetage», explique le spécialiste des mouvements sociaux avant de conclure: «Pour le moment, aucune usine n'a encore explosé, mais à force de jouer avec le feu, cela finira bien par déraper un jour.»

Corentin Chauvel
Emploi

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