Ils ne battront pas en retraite

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Publié le 25 février 2010.

La révolte des têtes blanches a sonné. Dénonçant la baisse de leur pouvoir d'achat, les retraités ont manifesté hier dans plusieurs villes de France à l'appel de l'intersyndicale CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa et FRG-Fonction publique. A Paris, un millier d'entre eux se sont rassemblés devant l'Assemblée nationale. Si certains marchent avec une canne ou ne peuvent pas rester longtemps debout, tous sont animés d'une même colère. « Revalorisez nos pensions », scande un petit groupe.

Cachée derrière ses lunettes, une sexagénaire refuse de donner son nom, mais accepte de se confier. « J'ai trimé pendant quarante-deux ans à soigner des personnes âgées et je me levais à 5 h tous les matins, tout ça pour toucher une pension de 700 euros. Une fois mon loyer réglé, il me reste 200 euros pour vivre. Avec ça, je suis obligée de sauter un repas sur deux. » Une détresse partagée par Thérèse Martin, 86 ans, ancienne éducatrice : « Je touche 753 euros par mois et j'ai un loyer de 360 euros. En 2009, ma retraite n'a augmenté que de 1 % alors que mon loyer a progressé de 2,5 %. Je ne peux pas m'offrir le cinéma, je n'ai que le droit de regarder les affiches. » Un cas loin d'être unique selon Michel Senepart, de l'Union des retraités CGT : « Les femmes sont plus touchées par la précarité, surtout lorsqu'elles vivent seules. Et la situation de beaucoup de retraités s'est aggravée depuis que les pensions ne sont plus indexées sur l'évolution du salaire moyen, mais sur celle de l'inflation », indique-t-il. Autres facteurs contribuant à plomber leur budget selon lui : l'augmentation des frais de santé et liés à la dépendance, des loyers, des assurances, des impôts locaux, de l'énergie... « En conséquence, nous demandons qu'aucune retraite ne soit inférieure au smic », déclare-t-il, avant d'aller distribuer des tracts à de nouveaux arrivants.

Même chez les mieux lotis, la grogne est manifeste. Parmi eux, Raphaël Guibert, 76 ans, venu avec un groupe d'amis des Hauts-de Seine, laisse éclater sa colère : « Je ne suis pas le plus à plaindre car j'ai une retraite de 1 600 euros, de même que ma femme. Mais si je n'étais pas propriétaire, je ne m'en sortirai pas. Et si l'un de nous deux meure, le survivant se retrouvera dans la merde », s'emporte-t-il. Une demi-heure plus tard, la pluie commence à tomber, sans décourager les manifestants. « On sera aussi là le 23 mars pour défendre l'avenir des retraites avec les salariés du privé », promet l'un d'eux. W

Delphine Bancaud
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