Grèce: en cas de scénario catastrophe, un très grand choc pour le système économique européen

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Publié le 11 février 2010.

ECONOMIE - Alors que les dirigeants des pays européens prévoient d'apporter jeudi un soutien à la Grèce face à ses difficultés budgétaires, Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE, a détaillé pour 20minutes.fr les conséquences possibles d’un «scénario catastrophe»…

Que se passerait-il si les pays européens décidaient de ne pas aider la Grèce?
L’Etat grec pourrait continuer à fonctionner. Il pourrait continuer à émettre des titres de dette publique (normalement, des placements très prisés car très sûrs). Mais ceux-ci doivent être achetés par des acteurs financier et si la méfiance des marchés persiste, le taux d’intérêt va continuer à grimper (concrètement, l’argent emprunté par le pays va lui coûter beaucoup plus cher car les taux sont actuellement à 7,1%, soit 4 points de plus que pour l’Allemagne) et donc compliquer la situation de la Grèce.
 
Le pays a déjà pris de mesures assez radicales comme le gel des salaires. Mais si plus personne ne veut acheter des titres de dette publique de la Grèce, elle va devoir mettre en place des mesures encore plus dures pour le pays: ne plus payer les fonctionnaires, les retraites et faire défaut de paiement.
 
Quelles seraient les conséquences?
Cette situation a déjà eu lieu en Argentine, en Russie, avec des conséquences internes très dures. Mais surtout, dans le cas de la Grèce, ce serait une situation inédite pour la zone euro. Cela constituerait un très grand choc, notamment pour le système économique car la Grèce est très endettée par rapport aux banques européennes. Tous les établissements qui détiennent  de la dette grecque vont devoir dévaloriser cette dette, -en cas d’incident de paiement, on considère une dette comme douteuse- et vont se retrouver en difficulté.
 
Le scénario pourrait-il se répéter dans le reste de l’Europe?
Le scénario catastrophe peut aller jusqu’à la sortie de la Grèce de la zone euro, si les pays européens ne l’aident pas. Le plus grand risque, dans cette situation, c’est que les marchés financiers se mettent à douter d’autres Etats en difficulté -Italie, Espagne-, que les fonds spéculatifs les attaquent et qu’ils s’amusent à détruire le système économique européen.
 
Ce scénario catastrophe est-il réaliste?
Les marchés estiment qu’il y a 30% de chances que la Grèce soit en cessation de paiement, mais beaucoup parient sur un plan d’aide car tous les observateurs s’attendent à ce que la France et l’Allemagne se mettent d’accord sur un plan.  
 
D’une part, l’enjeu de la stabilité de la Grèce est très important pour la construction européenne - pour la légitimité politique de l’Union et la pertinence de l’intégration économique et monétaire-. D’autre part, plus égoïstement, pour le système bancaire européen, il vaut mieux prêter à la Grèce tout de suite que de prêter aux banques -surtout allemandes et françaises, qui ont beaucoup de dette grecque- la semaine prochaine pour les aider.

M.N.
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