Réforme des retraites: pourquoi Martine Aubry propose de supprimer la retraite à 60 ans

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Publié le 20 janvier 2010.

ECONOMIE - 2010 va accueillir le grand débat sur l'avenir de nos retraites. Décryptage...

Dimanche, Martine Aubry a évoqué la possibilité «d’aller très certainement» vers une retraite à «61 ou 62 ans». Si François Fillon s’est réjoui de cette déclaration, ce n’est pas le cas de tout le monde... Cette prise de position divise au sein de la gauche du PS, des partis de gauche et des syndicats alors que de nouvelles négociations sur les retraites s’annoncent.

Pourquoi la proposition de Martine Aubry soulève-t-elle une polémique à gauche?
La question des retraites est un sujet sensible, particulièrement à gauche. Le droit à la retraite à 60 ans est une mesure hautement symbolique pour le PS. En effet, en 1983, c’est François Mitterrand qui a honoré une promesse de campagne et abaissé l’âge de la retraite de 65 à 60 ans.

Pour beaucoup, à l’instar d’Henri Emmanuelli, changer l’âge légal de départ à la retraite, ce serait «un très mauvais signal, un très mauvais symbole». Sur RTL ce mercredi, il a déclaré: «Moi je pense que 60 ans, c'est-à-dire l'âge légal de départ à la retraite, est une conquête sociale majeure et que pour revenir là-dessus, il faudrait vraiment qu'on soit dans une situation catastrophique, ce qui n'est pas le cas.»

Face à ces réactions, l’entourage de Martine Aubry insiste sur la volonté de défendre «le système de retraite par répartition» à tout prix. D’où la concession.

Qu’en pense la droite?
L’Elysée, de son côté, ne cesse de rappeler l’obligation de rallonger la durée de travail alors que les rapports du conseil d’orientation des retraites sur l’avenir du système doivent être bientôt rendus. François Fillon s’est lui félicité des déclarations de Martine Aubry.

Et du point de vue des spécialistes?
Pour Danièle Karniewicz, présidente de la Caisse nationale assurance vieillesse, jointe par 20minutes.fr, Martine Aubry «parle de ce dont on va devoir parler en 2010. Sa déclaration a le mérite de ne pas être du remplissage ou du bricolage, en parlant d’une modification à long terme».

Comment peut-on jouer, à court terme, sur le processus de départ à la retraite pour combler le déficit?
«On peut jouer sur trois paramètres», explique Jacques Bichot, économiste spécialiste des retraites contacté par 20minutes.fr, «l’âge du départ à taux plein (celui que Martine Aubry veut faire évoluer, ndlr), le nombre de trimestre de cotisation et le taux de cotisation». De manière plus générale, l’économiste estime qu’une réforme systémique est indispensable, mais celle-ci pourrait prendre une dizaine d’années. «En attendant, il faut une réforme paramétrique, dans une perspective de moyen terme», précise Jacques Bichot. Et rallonger d'un an la durée de cotisation, c'est moins de pensions à verser à plus de cotisations.

Ne risque-t-il pas d’y avoir des perdants?
Si, et certains plus que d’autres. Mais toutes les mesures ont des conséquences. Selon Jacques Bichot, «quand le nombre de trimestres de cotisation augmente, ce sont surtout les femmes qui trinquent. Les deux tiers d’entre elles n’ont pas assez de trimestres en arrivant à 60 ans, en général à cause des congés maternité. Donc pour elles, passer de 60 à 61 ans pour le départ à taux complet, ce n’est pas grave.» L’économiste constate un pic de départ à la retraite chez les femmes vers les 65 ans.

A l’inverse, les hommes arrivent plus facilement à atteindre le nombre de trimestres requis pour une retraite à taux plein à 60 ans. «Repousser l’âge de départ à taux complet à 61 ans les obligerait donc à attendre un an de plus avant de pouvoir partir.» Mais Jacques Bichot rappelle que depuis 1993, et la réforme Balladur, «on joue sur les trimestres, donc ce sont surtout les femmes qui ont perdu».

Beaucoup de gens partent-ils effectivement à 60 ans?
En fait, on constate une différence entre l’âge légal (60 ans) et l’âge effectif d’ouverture des droits à la pension à taux plein (une fois qu’on a suffisamment cotisé). Celui-ci atteint aujourd’hui en moyenne 61 ans du fait de l’allongement continu de la durée de cotisation demandée (41 ans en 2012). Donc le départ à 60 ans n’est un droit que pour ceux qui ont travaillé plus de 40 ans, qui ne concerne finalement pas tant de monde que ça. Mais il protège ceux qui ont commencé à travailler tôt.

Comment protéger ceux qui ont commencé à travailler tôt?
On peut travailler dès 16 ans. D’un point de vue purement mathématique, il est donc possible, à 57 ans, d’avoir suffisamment cotisé. Repousser l’âge légal de départ à taux plein imposerait à ces personnes de travailler et cotiser 4 ans «pour rien». Pour l’économiste Jacques Bichot, on pourrait envisager du supprimer le «plafonnement du coefficient de proratisation», en clair, rendre possible le fait de «gagner plus» que le taux maximum de pension, pour ceux qui auraient cotisé plus longtemps. Reste la question du financement de ce bonus...

Néanmoins, Danièle Karniewicz, présidente de la Cnav, estime que dans les nouvelles générations, «les personnes les moins qualifiées commencent, certes, plus tôt à cotiser, mais les premières années de travail sont généralement difficiles», avec des ruptures et des périodes sans emploi, donc sans cotisations. «Avant 30 ans, il y a beaucoup de trimestre de perdus», résume-t-elle. Un élément de plus qui tendrait à prouver que «le départ à 60 ans va devenir de plus en plus virtuel», explique Danièle Karniewicz.

Se dirige-t-on pas vers une réduction des pensions?
Pas forcément. Ce n’est que l’un des leviers possible. Claude Guéant a écarté cette piste, tout comme Xavier Darcos. Pour Danièle Karniewicz, il faut «préserver le niveau de retraite, en expliquant aux gens qu’ils vont devoir faire un effort sur la cotisation pour vivre correctement leurs années de retraite».

La limite à ce rallongement de la cotisation, c’est que beaucoup de seniors n’arrivent pas à trouver un emploi. Le taux d’emploi dans cette tranche d’âge (55-64 ans) n’est en effet que de 39%.
M.N. et O.R.
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