Les salariés de France Télécom, endeuillés par les suicides de vingt-cinq de leurs collègues en moins de deux ans, sont invités depuis hier à répondre à un questionnaire sur les souffrances au travail. «Vous arrive-t-il ou vous est-il arrivé, au cours des douze derniers mois, de vous sentir très fatigué(e) ou stressé(e) par votre travail?»; «J'ai l'impression de travailler pour satisfaire les critères d'évaluation de la hiérarchie, et non pour répondre aux exigences du métier»; «Il arrive souvent que vous ne puissiez pas effectuer correctement votre travail parce que les exigences sont trop fortes» sont quelques-unes des 161 questions ou affirmations soumises aux 102.000 salariés du groupe.
Les volontaires ont un mois pour y répondre par Internet, ou par courrier pour ceux en arrêt maladie. Les questions portent notamment sur leur charge de travail, leur autonomie, la reconnaissance de leur travail, les mobilités, leurs contraintes professionnelles, leur temps de travail, leurs relations avec l'encadrement, l'ambiance, mais aussi leur situation psychologique liée au travail, leur santé ou encore les intimidations dont ils ont pu être victimes.
«Agir sous toutes les formes»
«L'anonymat et la confidentialité sont absolument respectés», a assuré la direction, précisant que les réponses étaient directement traitées par le cabinet d'expertise Technologia, qui a rédigé les questions. Ce questionnaire, dont les résultats ne sont pas attendus avant la fin novembre, est l'une des quatre actions menées par le cabinet.
Il va aussi analyser les 25 suicides et 15 tentatives recensés dans le groupe, étudier les quelque 175 rapports de la médecine du travail et des CHSCT (comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) remis à la direction en deux ans et mener des entretiens avec 1 000 salariés. D'ici là, plusieurs syndicats ont appelé le personnel à « agir sous toutes les formes » (rassemblements, débrayages, etc.) aujourd'hui, en marge d'une nouvelle séance de négociations sur le stress au travail, qui coïncide avec les obsèques du salarié qui s'est suicidé jeudi dernier à Lannion (Côtes-d'Armor).