DECRYPTAGE - Baisse des prix, problèmes de quotas, conséquences pour le consommateur, tout ce qu’il faut savoir sur la crise du lait...
La
crise du lait, vous en avez entendu parler, mais avez-vous tout compris? Nous pas toujours, alors pour vous (et un peu pour nous), décryptage.
Comment les producteurs laitiers sont-ils touchés par la crise?
Le problème principal des producteurs de lait, c’est le prix d’achat du lait. «On le vend à 27 centimes le litre, alors que le coût de revient est de 31,5 centimes, avant rémunération», détaille Pascal Cousté, représentant de l’Association Nationale des Producteurs de laits indépendants, contacté par 20minutes.fr. Le producteur laitier insiste sur la baisse de 30% du prix du lait, qui entraîne «des pertes énormes. D’ici la fin de l’année, entre 30 et 40% des producteurs sont condamnés à la faillite».
Marie-Thérèse Bonneau, secrétaire générale adjointe de la FNPL (association syndicale dépendant de la FNSEA), possède avec son mari une exploitation familiale de 45 vaches en Vendée. «Avec la crise, depuis 8 à 9 mois on ressent des difficultés, depuis 3 mois, on a vraiment des problèmes de trésorerie, comme tout le monde».
Pourquoi le prix est-il si bas?
Il y a trop de lait produit. Du coup, par le mécanisme de l’offre et de la demande, le prix baisse. Ce qui ne devrait pas arranger les choses, c’est qu’en 2015, les quotas de production devraient être supprimés. Depuis plusieurs années, ils augmentent déjà de 1% par an.
Que réclament les producteurs?
Une régulation des prix, pour commencer. «Nous voulons une rémunération calée par rapport au prix de revient, que nous ayons l’équivalent d’un smic horaire», explique Pascal Cousté.
José Bové, député européen, a apporté le dossier à Strasbourg, pour la rentrée parlementaire.
Et va soutenir le mouvement des production par un jeûne de solidarité. Il détaille sa position à 20minutes.fr ici.
A court terme, la FNPL demande «une prise en charge des cotisations sociales et des investissements», explique Marie-Thérèse Bonneau, qui déplore un manque de «volonté européenne». A plus long terme, elle réclame une meilleure organisation et la création de labels pour permettre aux consommateurs de repérer le lait produit en France.
Quelles actions mènent-ils?
Depuis jeudi dernier,
une grève européenne a été lancée à l’initiative de plusieurs syndicats et de l’association European Milk Board, à l’échelle européenne. Concrètement, les producteurs arrêtent de fournir leur lait aux industriels. Soit ils le jettent, soit ils le donnent gratuitement aux consommateurs. «Le donner, ça nous permet de nous remonter le moral, détaille Pascal Cousté, c’est moins douloureux que de le jeter, et puis on a le soutien des consommateurs.
Il est impressionnant. Il y a eu de vraies démarches de solidarité, émouvantes, comme une personne qui connaît des artistes et qui nous a proposé d’organiser un concert».
Tous les syndicats n’appellent pas à la grève... pourquoi?
Pour la FNSEA, la grève risquerait de coûter très cher à la profession, déjà très touchée. «Et faire grève pour obtenir quoi?», s’interroge Marie-Thérèse Bonneau. Son syndicat conseille donc d’autres types d’action.
Quelles conséquences pour le consommateur? Y a-t-il un risque de pénurie de lait?
«Si nos politiques refusent de nous entendre, ça va se ressentir», prévient Pascal Cousté. «Samedi et dimanche, Danone n’a reçu que 20% de la quantité de lait habituelle.» Premiers touchés, les produits frais. Mais les rayons ne sont pas encore vides. Selon la FNPL, seuls 1 à 5% de la collecte n’est pas faite. Il y a donc encore de la marge.
Oriane Raffin