Vous avez fait appel aux pouvoirs publics après que votre banquier habituel vous a refusé un crédit. Etiez-vous en difficulté ?
Au contraire, mon activité connaît une croissance à deux chiffres des ventes depuis plusieurs années. Nous avons dégagé un bénéfice de 350 000 euros en 2008. Mon entreprise est épargnée par la crise, car nous fournissons environ 7 000 produits alimentaires issus de l'agriculture biologique à des magasins spécialisés. Ce marché a décollé depuis les scandales alimentaires, comme celui de la vache folle. La demande est de plus en plus forte, à tel point que j'ai eu besoin de construire un deuxième entrepôt pour pouvoir satisfaire mes clients. J'ai donc sollicité pour cet investissement un prêt de 5,2 millions d'euros.
Pourquoi la banque n'a-t-elle pas suivi ?
Moi-même, je n'ai pas bien compris. Elle ne voulait même pas partager le risque avec une deuxième banque. Tout le monde était sur la touche, à vouloir attendre que la crise passe. Subitement, j'ai été confronté à la frilosité de mon banquier, alors que mes plans étaient prêts et les formalités administratives bouclées.
Sans ce prêt, vous pouviez vous en sortir ?
Non, j'avais le couteau sous la gorge. Sans un deuxième entrepôt, je risquais d'être étouffé par la concurrence, et l'entrepôt que j'avais loué temporairement était situé trop loin du premier. Du coup, j'ai joué au poker. J'ai utilisé la trésorerie de l'entreprise pour payer un premier acompte aux artisans afin de lancer le chantier. Heureusement, j'ai fini par décrocher les financements après, sinon j'aurais été mal.
Pourquoi la banque a-t-elle changé d'avis ?
En fait, j'ai fait affaire avec un autre établissement, après avoir sollicité le représentant régional du médiateur du crédit, sur les conseils de mon expert-comptable. Au total, sept banques sont venues éplucher mes comptes et analyser la situation dans tous les sens. La croissance de mon activité a beaucoup joué en ma faveur. Il est évident que quelqu'un qui présente trois mauvais bilans ou qui est dans un secteur frappé par la crise n'obtiendra rien. Et le médiateur ne pourra rien faire. W
Recueilli par A. B.