EDF laisse craindre le pire pour la facture d’électricité

CONSOMMATION Le groupe a préconisé ce mercredi une hausse de 20 % de ses tarifs...

Angeline Benoit et Johanna Sitter

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 Une ampoule à incandescence.

 Une ampoule à incandescence. — Photo Flickr CC/ By Eisenheim

Les uns se montrent ulcérés, les autres perplexes après qu’EDF a préconisé ce mercredi une hausse de 20 % de ses tarifs. Dans un entretien publié sur le site Internet de l'hebdomadaire «Paris Match», son PDG Pierre Gadonneix affirme: «Pour cesser de nous endetter, il faudrait une hausse de 20% des tarifs. Mais elle peut s’étaler sur trois ans, par exemple, ou même un peu plus.» Une telle flambée, supérieure à 6 % par an, serait inédite. Depuis 2001, le tarif du kwh pour les particuliers a augmenté au maximum de 3% par an, quand il n’est pas resté identique ou n’a pas diminué. Décryptage.

- Quelles sont les raisons invoquées par EDF? «Si, depuis vingt-cinq ans, le prix de l’électricité avait suivi l’inflation, il serait 40% plus cher. Pendant ce temps, le prix de l’eau a doublé, celui du téléphone a triplé», affirme le patron de l’entreprise publique sur parismatch.com. Ainsi, «en France, nous sommes contraints de nous endetter car nos tarifs ne suivent pas l’inflation». «Si nos tarifs n’augmentent pas, l’an prochain EDF réduit ses investissements», a-t-il ajouté. Pour financer ses investissements et acquisitions (nucléaire de troisième génération EPR, rachat du britannique British Energy), EDF a accru son endettement de 50% en 2008, à 24,5 milliards d'euros. Le groupe a récemment clos un emprunt obligataire auprès des particuliers qui lui a permis de collecter plus de 2,5 milliards d'euros.

- Qui décide? Le gouvernement, après avoir consulté la Commission de régulation de l’énergie (CRE). EDF est le seul fournisseur d’énergie en France à pouvoir proposer de l’électricité au tarif réglementé (déterminé par les pouvoirs publics), comme GDF est le seul à pouvoir le faire pour le gaz. Presque tous les ménages (99%) sont au tarif réglementé, 82 % des petites entreprises, 94% des moyennes et 33% des grandes. Il existe trois types de tarifs réglementés, le bleu pour les particuliers et les petits professionnels, le vert pour les grandes entreprises et le jaune pour les moyennes. L’an dernier, le gouvernement a validé des hausses de 2% pour le tarif bleu, 6% pour le jaune et 8% pour le vert.

- Quelles sont les réactions? EDF refusait ce mercredi de donner toute précision alors que les propos de son PDG suscitaient de nombreuses questions. «La hausse n’excédera pas l’inflation jusqu’en 2010 car EDF est lié par un contrat de service public», s’est borné à commenter une porte-parole. Au ministère de l’Economie, on indiquait «qu’à l'heure actuelle, EDF n'a fait aucune demande d'évolution tarifaire». «S’agit-t-il d’une hausse moyenne de tous les tarifs? Quelle sera la part pour le tarif bleu? Que va réellement demander EDF au gouvernement?», s’est interrogée une source proche du dossier, sous couvert d’anonymat. «On ne comprend pas grand chose, c’est une provocation. Il y a un mois, Pierre Gadonneix évoquait une hausse modérée sur RMC, maintenant c’est six fois l’inflation», soulignait de son côté Alain Bazot, président de l’association de consommateurs UFC-Que Choisir. «Il ne faudrait pas que les consommateurs financent des investissements hasardeux en France, comme à l'étranger», s’est inquiété de son côté Thierry Saniez, délégué général de l'association de consommateurs CLCV, réclamant par ailleurs que les tarifs réglementés et leur réversibilité soient pérennisés. Dans son dernier avis, la CRE estimait que «les hausses de tarifs (adoptées en 2008) devraient être plus élevées» tout en les qualifiant de «première étape importante» pour permettre aux tarifs de couvrir les coûts d’EDF, comme l’exige la loi.

 

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