Quand le G8 passe avant les sinistrés, L'Aquila gronde

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Publié le 8 juillet 2009.

ITALIE - Déplacé de Sardaigne à L'Aquila, le sommet ne fait pas l'unanimité parmi les habitants de cette ville détruite par un séisme en avril dernier...

«Yes we camp». Sur le modèle du «Yes we can» de Barack Obama, les habitants  de L'Aquila poussent un cri de protestation. Toujours sans logement après le terrible séisme d'avril dernier, qui a coûté la vie à 299 personnes, ils dénoncent «les mensonges de Silvio Berlusconi», explique Sara Vergni, animatrice d'un comité citoyen.

C’est avec un sentiment de colère mêlé d'impuissance que la ville accueille, depuis ce mercredi matin, les grands de ce monde pour le G8. Pour une partie des habitants, l'argent du sommet aurait été mieux investi dans la reconstruction que dans l'organisation de l'événement. «Ce que nous ne comprenons pas c'est que la reconstruction de L'Aquila n'a pas encore commencé, alors que plein de travaux ont été effectués pour le sommet du G8», s'insurge Piero De Santis, un des responsables d'une coordination de comités de citoyens de la ville.
 
Un coup de pub pour Berlusconi

«Le séisme a seulement servi au gouvernement de Berlusconi à se faire de la publicité», ajoute-il, alors que le déplacement du G8 de la Sardaigne à L'Aquila avait été salué par l'opinion publique et une grande partie de la classe politique.
 
«La ville est déchirée en deux par ce sommet, entre ceux qui pensent qu'il peut offrir une chance de nouveau départ et les autres, convaincus qu'on les oubliera dès la fin de la réunion», confie Fabrizio Bianchi, un des responsables de l'association «3e32» (3 heures et 32 minutes, l'heure du séisme). «Mais nous voulons profiter de l'occasion pour manifester notre opposition au gouvernement. Nous ne sommes pas un mouvement politique, nous ne sommes pas de gauche, simplement nous n'approuvons pas ce que le gouvernement a fait jusqu'à présent», dit-il.
 
Des milliards d'euros, mais pour quel projet?

Quelque 8 milliards d'euros ont été affectés à la reconstruction d'ici 2032, dont 1,15 milliard en 2009, alors que les dégâts ont été évalués à 12 milliards d'euros par le ministre de l'Intérieur Roberto Maroni. Des habitants veulent aussi lutter pour une reconstruction de la ville selon un projet qu'ils auront choisi.
 
Antonio Sforna, un étudiant de 23 ans, habite dans un camp de tentes aux pieds de la basilique de Collemaggio, dans le centre. «A gauche, la tente-église, à côté, la tente-direction du camp, à droite, la tente-magasin où l'on nous offre des chemises ou des déodorants, plus loin, la grande tente-restaurant, je n'en peux plus des tentes au bout de trois mois», soupire-t-il alors que les secousses continuent régulièrement de faire trembler la terre.
 
«C'est intenable, aucune vie privée, rien, aucun espace personnel, la queue pour aller aux toilettes, pour prendre une douche un jour sur deux, pour manger». Sa tente, dont la climatisation ne fonctionne pas, abrite quatre lits et un ordinateur. A l'intérieur, la chaleur et l'humidité sont insupportables. La colère est donc palpable chez ces habitants qui se sentent floués par les promesses non tenues, alors que quelque 24.000 sans-abri dorment encore dans des tentes dans la ville et ses environs.
MD (Avec agence)
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