Il n'y avait guère que Bibendum pour garder le sourire hier. Sur le parking de l'usine Michelin de Noyelles-les-Seclin (Nord), les 276 salariés tiraient clairement la tronche. Dans la matinée, le géant français du pneumatique a confirmé la suppression de 1 093 postes sur trois sites à partir de 2010 (lire l'encadré). L'usine nordiste sera la seule à fermer. « Mais sans licenciement, rassure Christian Jublot, le directeur du site. On va proposer des mutations au sein du groupe. »
Une mutation à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ? La destination ne fait pas vraiment rêver Laurent Decarpentry. « Ici, je m'occupe de mes parents, de mes beaux-parents... lâche le délégué CFDT, abattu. Et puis j'ai ma femme et mon gosse. »
Agés de 35 ans en moyenne, les autres salariés sont presque tous dans le même cas. Ils étaient « fiers » de bosser pour Michelin. De produire des pneus haut de gamme pour Porsche et Ferrari. « Ces trois dernières années, on a explosé les objectifs. C'est l'usine la plus performante de France, rappelle Tony, un salarié de 22 ans. Et puis, on ferme. Je ne comprends pas. »
Martine Aubry non plus. En bonne voisine, la première secrétaire du PS est venue soutenir les salariés hier après-midi. Elle a même rencontré le directeur. « Il a tenté de me faire un cours de droit du travail. Après avoir annoncé ça en "loucedé" aux salariés, c'était pas gagné ! Je vais appeler l'Elysée. »
Après Continental et Goodyear, Michelin prétend avoir crevé sur les routes de la crise. « Le prix des pneus haut de gamme a baissé de 30 % en cinq ans », justifie Christian Jublot. Et comme la messe est dite, le directeur a déjà construit les préfabriqués qui accueilleront la cellule de reclassement. Les 276 salariés, eux, se sont donné la nuit pour digérer la nouvelle. Dès ce matin, ils réfléchiront à leurs moyens d'action. « On devra pas faire beaucoup d'efforts pour trouver des pneus à cramer... » W