Rémunérations des patrons: «On corrige les excès dans la douleur»

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Publié le 2 avril 2009.

INTERVIEW - Geoffroy Roux de Bézieux, 46 ans, est à la tête de l'Unedic, chargée de la gestion de l'assurance chômage. Membre du conseil de surveillance de PSA-Peugeot-Citröen, ancien président de Phone House et actuel PDG de Virgin Mobile France, celui qui a participé à la commission Attali sur la croissance, répond aux questions de 20minutes.fr sur la mauvaise image actuelle des patrons...

Pas trop dur d’être chef d’entreprise en ce moment?
La période n’est pas terrible, elle est catastrophique. On est dans une période de ressentiment social qui se tourne vers les patrons, et de manière générale, vers les plus riches. Il y a une multiplication des séquestrations, des actions violentes, on revient au climat des années 1970. Les patrons sont des boucs émissaires. Il est important que les politiques fassent attention à ce qu’ils disent, qu’ils ne nourrissent pas un certain populisme.

Mais on recense de vrais scandales...
Valeo, la Société Générale, oui. Ils enfreignent d'ailleurs le code éthique lancé par le Medef. Dans le cas de la filiale du Crédit Agricole et de Natixis, les bonus sont moins exorbitants. Pour Natixis, je crois que cela revient à 20.000 euros par salarié (les 70 millions sont en effet répartis entre 3.000 traders et autres employés, ce qui fait une moyenne de 23.333 euros par personne, ndlr). Nous ne sommes pas dans les mêmes montants. Ensuite, il convient de noter la responsabilité des conseils d’administration, qui valident ces émoluments. On dit que c’est scandaleux qu’un trader gagne des bonus en ce moment. Mais si cela fait partie de leurs gains dûs contractuellement, ils vont aux prud’hommes si on les en prive.

Ce problème de rémunération variable outrancière avait été soulevé par l’affaire Vinci en 2006, avec le parachute doré d’Antoine Zacharias. La surprise devant une telle dérive n’est-elle pas un peu feinte?
On aurait dû réagir un peu plus tôt.

Faut-il que l’Etat s’en mêle pour que certains patrons ne dérapent plus?
Ce ne sont que des cas isolés, on arrivera seulement à des lois improductives. La crise réveille un vieux sentiment d’égalitarisme en France. Ce n’est pas à l’Etat de changer le comportement éthique du patron. Quand l’entreprise va mal, le patron doit montrer l’exemple. Beaucoup de patrons bénéficiant d’aides et en difficulté, ont renoncé à leurs bonus et à leurs stock-options, ces derniers mois.

Quel peut être l’encadrement de ces dérives?
La création d’un comité des sages annoncée par François Fillon est une bonne idée. C’est peut-être paradoxal de dire ça, mais ce sont plutôt des scandales positifs. Les grosses rémunérations de patrons existent depuis plus de dix ans. Désormais, on va vers plus de transparence, on met fin, un peu, aux dérives. On corrige les excès dans la douleur, dans le scandale. Mais dans le ressentiment et la vindicte populaire aussi.

Faut-il instaurer un plafonnement des salaires des patrons?
Si vous le faites dans le monde entier en même temps! A court terme, cela peut calmer le mécontentement populaire, à long terme, cela ne fera rien contre la crise, les meilleurs iront ailleurs. Et quid des hauts salaires des avocats d’affaires, des consultants, des joueurs de foot? Ne faudrait-il pas les plafonner aussi? Je plaide plutôt pour une forme d’harmonisation fiscale en Europe.

Obama a donné 60 jours à General Motors et 30 à Chrysler pour s'en sortir. Sinon il débarque leurs patrons. Qu’en pensez-vous?
Je suis un peu choqué. L’Histoire a montré que dans la durée, l’Etat n’est pas le meilleur chef d’entreprise. Ce n’est pas au ministre de l’Industrie américaine de gérer General Motors. Chacun son métier, chacun ses compétences.

Comment réagissent les patrons de PME, en France?
En ce moment, le patron de PME se lève le matin et n’a qu’une seule obsession en se rasant: va-t-il avoir un peu de visibilité dans son carnet de commandes? Sa capacité à planifier est nulle, sa marge de manœuvre est réduite. Les banques prêtent très peu, même si le médiateur du crédit fait du très bon boulot. Les clients ne prennent pas d’engagement.

Et les patrons du CAC 40. A voir la vitesse dont certains passent dans certaines entreprises et leur bilan à la tête de celle-ci, on a l'impression que leur position est de plus en plus fragile...
Je pense que deux phénomènes se corrèlent. Une très très forte pression des marchés financiers depuis dix ans. Un manager, avec son bilan trimestriel a dû mal à sortir la tête de l’eau. Claude Bébéar insiste dans ses derniers travaux sur la nécessité de redonner du long terme aux patrons de CAC 40. Dans un second temps, avec la crise, le manager est de plus en plus exposé. Mais il reste indispensable, il y a beaucoup d’arbitrages, de petites décisions à prendre. Aujourd’hui, il est plus dans le micro-management que dans la peau d’un visionnaire, le rôle du grand capitaine.

Comment redorer l’image des patrons?
Le premier devoir des chefs d’entreprise est de rester solidaires. Tout ce que l’un fait a des conséquences sur l’ensemble du patronat. Et il faudrait que les patrons qui se comportent bien le disent. Le PDG du groupe Nexity, Alain Dinin, a renoncé à sa rémunération variable. François-Henri Pinault, PDG de PPR, chahuté mercredi, avait décidé la veille de faire une croix sur ses stock-options. Ce sont des petites choses qui vont dans le bon sens. Cela va être un travail de très longue haleine.

Que pensez-vous du conflit social à Continental?
On ne peut être insensible à la détresse de ces salariés. Certains ont fabriqué des pneus pendant trente ans, ils ne retrouveront pas du boulot dans le même secteur, il ne faut pas se leurrer. Les salariés ne sont pas égaux devant le chômage. Si on ne doit pas interdire de licencier, la responsabilité de l’Etat et de l’entreprise est d’assurer la formation pour tous. On ne doit pas laisser des gens en situation de mono-métier.
Recueilli par Mathieu Grégoire
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