LONDRES - Le sommet anticrise oppose essentiellement deux camps, les anglo-saxons et les européens...
Le sommet anticrise de Londres en 1933 avait été
un échec cuisant. Londres 2009 a-t-il des chances de faire mieux? En fait, tout dépend des objectifs: le camp anglo-saxon, Barack Obama en tête, tente de minimiser l'ambition de ce sommet, tandis que l'Europe continentale voudrait en faire une occasion historique d’avancer sur la régulation des marchés financiers.
Tour d'horizon des chances de réussite des gros dossiers qui attendent les dirigeants du G20.
Les plans de relance
Les Etats-Unis, très volontaristes en la matière, auraient voulu prendre la tête d'un effort de relance mondial. Mais les pays européens, très endettés, estiment avoir déjà fait les efforts nécessaires. Le G20 pourrait éluder ces divisions en optant pour un compromis dans lequel chaque Etat s'engagera à faire «tout ce qui est nécessaire». Barack Obama révise donc ses ambitions à la baisse: «La tâche la plus urgente qui nous incombe à tous est d'adresser un message fort d'unité face à la crise».
La régulation du secteur financier
C'est le dossier le plus important pour Nicolas Sarkozy. Fustigeant «un capitalisme financier sans principe» ni «morale», il a menacé de claquer la porte si le sommet n'aboutissait qu'à un «faux compromis». Jean-Paul Rollin, professeur agrégé de sciences économiques et président de «La Revue Economique», est pessimiste sur les possibles avancées: «Pour les Etats-Unis et le Royaume-Uni, remettre en cause les marchés est extrêmement difficile. Il est dans leur intérêt de défendre le rôle et le poids de New York et de Londres comme capitales financières»,
juge-t-il sur slate.fr.
Les paradis fiscaux
L'Allemagne et la France poussent fortement pour des avancées sur ce dossier. Nicolas Sarkozy veut que le G20 «précise ce qu'est un paradis fiscal, qu'il y ait une ou plusieurs listes de places financières qui ne coopèrent pas au regard des critères de l'OCDE, et qu'on en tire les conséquences». Les Etats-Unis semblent converger vers la position européenne. Mais la Chine reste très opposée à ces mesures, pour protéger ses places financières de Hong-Kong et Macao.
La rémunération des banquiers
Dans la City, ville chérie des banquiers, les choses pourraient évoluer sur le dossier des bonus des banquiers et traders. Le premier ministre britannique, Gordon Brown, concerné en premier lieu, a promis que «pour la première fois, les économies mondiales se mettront d'accord sur des règles internationales de rémunération». Il s'agira «de règles mondiales et non simplement de règles qui s'appliquent dans un pays et peuvent être sapées dans le pays voisin», précise-t-il.
Aide aux pays pauvres
Dans un G20, théâtre de l'opposition entre les anglo-saxons et les européens, les pays émergents semblent un peu spectateur. Mais ils devraient obtenir gain de cause sur un dossier, celui du gonflement des fonds du FMI pour aider les pays les plus fragiles. Les pays émergents pourraient aussi tenter d'en profiter pour arracher des avancées sur la réforme de la gouvernance de l'institution
Le protectionnisme
Les dirigeants du G20 devraient se prononcer contre les réflexes protectionnistes, expliquant qu'ils renforcent la crise. Mais la déclaration sera essentiellement rhétorique. Dans la pratique, les Etats-Unis (avec la clause «Achetez américain» du plan de relance) ou la France (avec le plan d'aide à l'automobile) sont accusés de faire du protectionnisme sans le dire.
Les changes
La question monétaire n'est pas à l'ordre du jour du sommet, mais de plus en plus de voix s'élèvent, notamment en Chine et en Russie, pour contester l'hégémonie du dollar, et la question risque d'être mise sur la table. Du côté de l'Elysée, on assure pourtant que le dossier ne sera pas évoqué: «Vous n'allez pas rendre les Argentins et les Turcs arbitres d'un différend entre le dollar, l'euro et le yuan, ce n'est pas la bonne enceinte pour parler des questions monétaires».
Un nouveau sommet
Face aux difficultés à boucler tous ces dossiers, les dirigeants du G20 devraient au moins s’entendre sur une chose: la nécessité de convoquer un nouveau G20. Une réunion d'automne pourrait être annoncée, peut-être au Japon ou à New York en parallèle de l'Assemblée générale des Nations unies en septembre.
20minutes.fr