Entre les différents plans, leurs noms officiels et leurs différentes versions, une seule chose semble certaine: il y a un sacré paquet de milliards de dollars en jeu. Pour le reste, on tente d’y voir plus clair avec l’économiste Lee Ohanian, professeur à UCLA, qui nous a déjà livré ses impressions plutôt tièdes sur le plan d’Obama ici. Le tout dans l’ordre chronologique, pour une certaine logique.
En pleine compagne présidentielle, courant septembre, George Bush présente donc le fameux bailout, ou encore sauvetage de Wall Street, ou plan Paulson (du nom du secrétaire au Trésor –le ministre de l’Economie– de Bush), également connu chez les économistes comme TARP, pour Troubled assets relief program (Programme de soulagement d’actifs). «L’idée initiale était de dépenser les 700 milliards uniquement pour le rachats d’actifs toxiques. Mais au fil des négociations, TARP a évolué pour inclure une partie de recapitalisation des banques via l’achat de titres par l’Etat», explique Lee Ohanian.
Pour la seconde moitié, le nouveau secrétaire au Trésor, Tim Geithner promet des règles strictes: interdiction notamment de s’en servir pour distribuer des bonus aux 25 dirigeants/employés les mieux payés de chaque établissement.
Selon notre consultant économique, Geithner veut réussir cette fois à amener des capitaux privés pour racheter les actifs des banques, en plus des aides des l’Etat. Tout est affaire de prix: trop élevés, et aucun investisseur privé ne voudra prendre de risques avec ces actifs toxiques; trop bas, et les banques feront faillites. Pour Lee Ohanian, il est «vital» que Geithner «soit spécifique le plus rapidement possible sur la réforme des régulations» (dont l’absence est l’une des causes des dérives de la planète financières). «Une fois les règles du jeu connues, le système pourra se dégripper».
L’accouchement se fait au forceps pour deux raisons. D’abord, même les économistes sont partagés. Le prix Nobel Paul Krugman reproche à Obama d’être trop timide, trop centriste, et de ne pas dépenser assez. Notre consultant, Lee Ohanian, davantage conservateur, ne voit «aucune preuve économique qu’un tel plan aura un impact sur le long terme» et aurait préféré que tout le monde prenne son temps pour faire une analyse coût/bénéfices sur chaque programme de dépenses. Mais surtout, les républicains, un peu par idéologie, beaucoup par stratégie (en pariant sur un échec du plan qui leur offrirait l’opportunité de se refaire aux élections de mi-mandat dans deux ans) sont farouchement opposés à des dépenses et réclamaient davantage d’allégements fiscaux.
Obama, dans l’esprit promis de «bipartisanisme», a donc tenté de ménager l’âne et l’éléphant. Au final, il n’a séduit que trois sénateurs républicains. C’est peu, mais suffisant pour faire adopter le texte rapidement. L’avenir dira qui avait raison.
D’où vient tout cet argent?
Avec une dette nationale d’environ 10.000 milliards de dollars, les Etats-Unis n’ont pas vraiment de quoi payer tous ces plans en cash. La solution? Emprunter! Et creuser davantage la dette. Des pays comme la Chine ou le Japon possèdent déjà des centaines de milliards de dollars en bons du Trésor. Tout cela fonctionne via un système d’enchères: les pays (mais aussi des entreprises) achètent des bons à différents taux d’intérêts. Un système qui fonctionne... Tant que tous les acteurs ont confiance dans la capacité des Etats-Unis à rembourser leur dette. Cette confiance, selon Lee Ohanian, est actuellement «mise à rude épreuve».
Les contribuables reverront-ils leur argent?
L’un des arguments du gouvernement pour racheter les actifs des banques est le suivant: une fois nettoyés, ils seront revendus, et tout ou partie (voire avec des bénéfices selon les plus optimistes) de l’argent investi sera récupéré. Obama s’est engagé à ce que les sommes retournent dans la poche du contribuable. Par un joli chèque de Noël? Que nenni. Le retour se fera indirectement, en allégeant le déficit budgétaire.
Vous y voyez un peu plus clair? S'il y a des zones d'ombre à éclairer, dites-le nous dans les commentaires, et on essaiera de faire de notre mieux!