Plans de relance, de sauvetage, de stabilisation... Le guide pour tout comprendre

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Publié le 23 mars 2009.

ETATS-UNIS - Dur de s'y retrouver dans les multiples annonces de ces derniers jours. Clarification avec l'aide un économiste...

De notre correspondant à Los Angeles
 

Entre les différents plans, leurs noms officiels et leurs différentes versions, une seule chose semble certaine: il y a un sacré paquet de milliards de dollars en jeu. Pour le reste, on tente d’y voir plus clair avec l’économiste Lee Ohanian, professeur à UCLA, qui nous a déjà livré ses impressions plutôt tièdes sur le plan d’Obama ici. Le tout dans l’ordre chronologique, pour une certaine logique.

 
 
Le plan de sauvetage des banques: 700 milliards de dollars
Banques en faillite et percluses d’actifs toxiques, assureurs à l’agonie, Wall Street à la cave... La planète financière mondiale est malade. Une situation qui découle principalement de la crise des subprimes, ces prêts hypothécaires «pourris». >> lire notre chronologie

En pleine compagne présidentielle, courant septembre, George Bush présente donc le fameux bailout, ou encore sauvetage de Wall Street, ou plan Paulson (du nom du secrétaire au Trésor –le ministre de l’Economie– de Bush), également connu chez les économistes comme TARP, pour Troubled assets relief program (Programme de soulagement d’actifs). «L’idée initiale était de dépenser les 700 milliards uniquement pour le rachats d’actifs toxiques. Mais au fil des négociations, TARP a évolué pour inclure une partie de recapitalisation des banques via l’achat de titres par l’Etat», explique Lee Ohanian.

 
Ce qu’il en reste: 350 milliards...
Une première moitié a été dépensée par Henry Paulson. Principalement pour dégeler le marché du crédit et que les banques se remettent à prêter (aux entreprises ou entre elles). «Mais par manque de transparence et de contrôle, l’effet n’a pas été celui escompté», selon Lee Ohanian. Plusieurs scandales ont éclaté, avec une partie de l’argent (mineure mais symbolique) utilisée pour payer des bonus à des patrons ou encore acheter un jet comme chez Citigroup. Vu le tollé, elle y a renoncé en janvier dernier.

Pour la seconde moitié, le nouveau secrétaire au Trésor, Tim Geithner promet des règles strictes: interdiction notamment de s’en servir pour distribuer des bonus aux 25 dirigeants/employés les mieux payés de chaque établissement.

 
...auxquels va s’ajouter le plan de stabilisation: entre 1.000 et 2.000 milliards de dollars (soit, en anglais, 1 ou 2 trillions)
Mardi, Tim Geithner a présenté ce que certains considèrent comme une extension du plan de sauvetage et d’autres comme un plan à part entière. Objectifs: «relancer le crédit», «nettoyer et renforcer les banques» et de «fournir une aide vitale pour les propriétaires immobiliers et les petites entreprises.»

Selon notre consultant économique, Geithner veut réussir cette fois à amener des capitaux privés pour racheter les actifs des banques, en plus des aides des l’Etat. Tout est affaire de prix: trop élevés, et aucun investisseur privé ne voudra prendre de risques avec ces actifs toxiques; trop bas, et les banques feront faillites. Pour Lee Ohanian, il est «vital» que Geithner «soit spécifique le plus rapidement possible sur la réforme des régulations» (dont l’absence est l’une des causes des dérives de la planète financières). «Une fois les règles du jeu connues, le système pourra se dégripper».

Le plan de relance: 789 milliards de dollars, bientôt signé par Obama, chargé de «sauver ou créer 3.5 millions d’emplois»
Sauver les banques, c’est bien beau, mais quid des particuliers et du reste des acteurs économiques? C’est là qu’intervient le plan de relance, ou le «stimulus package». L’idée d’Obama (et de son conseillé économique Larry Summers) consiste à créer un électrochoc pour relancer la machine. Après d’intenses négociations entre le Sénat et la Chambre des représentants (l’équivalent de notre Assemblée nationale), un accord semble avoir émergé mercredi sur ce chiffre. Un ultime vote doit avoir lieu dans les deux chambres du Congrès avant qu’Obama puisse signer le texte.
Dans le détail (très clair chez MSNCB):
  • un tiers (272 milliards) sera consacré à des allègements fiscaux ($500 par travailleur, $1.000 par couple, plus des primes par enfant) pour les célibataires gagnant moins de $75.000 par an, $150.000 en couple.
  • deux tiers à des dépenses fédérales dans les infrastructures (142 milliards), l’éducation (plus de 100 milliards), la santé ou encore l’assurance chômage.
 

L’accouchement se fait au forceps pour deux raisons. D’abord, même les économistes sont partagés. Le prix Nobel Paul Krugman reproche à Obama d’être trop timide, trop centriste, et de ne pas dépenser assez. Notre consultant, Lee Ohanian, davantage conservateur, ne voit «aucune preuve économique qu’un tel plan aura un impact sur le long terme» et aurait préféré que tout le monde prenne son temps pour faire une analyse coût/bénéfices sur chaque programme de dépenses. Mais surtout, les républicains, un peu par idéologie, beaucoup par stratégie (en pariant sur un échec du plan qui leur offrirait l’opportunité de se refaire aux élections de mi-mandat dans deux ans) sont farouchement opposés à des dépenses et réclamaient davantage d’allégements fiscaux.

Obama, dans l’esprit promis de «bipartisanisme», a donc tenté de ménager l’âne et l’éléphant. Au final, il n’a séduit que trois sénateurs républicains. C’est peu, mais suffisant pour faire adopter le texte rapidement. L’avenir dira qui avait raison.


D’où vient tout cet argent?
Avec une dette nationale d’environ 10.000 milliards de dollars, les Etats-Unis n’ont pas vraiment de quoi payer tous ces plans en cash. La solution? Emprunter! Et creuser davantage la dette. Des pays comme la Chine ou le Japon possèdent déjà des centaines de milliards de dollars en bons du Trésor. Tout cela fonctionne via un système d’enchères: les pays (mais aussi des entreprises) achètent des bons à différents taux d’intérêts. Un système qui fonctionne... Tant que tous les acteurs ont confiance dans la capacité des Etats-Unis à rembourser leur dette. Cette confiance, selon Lee Ohanian, est actuellement «mise à rude épreuve».


Les contribuables reverront-ils leur argent?
L’un des arguments du gouvernement pour racheter les actifs des banques est le suivant: une fois nettoyés, ils seront revendus, et tout ou partie (voire avec des bénéfices selon les plus optimistes) de l’argent investi sera récupéré. Obama s’est engagé à ce que les sommes retournent dans la poche du contribuable. Par un joli chèque de Noël? Que nenni. Le retour se fera indirectement, en allégeant le déficit budgétaire.


Vous y voyez un peu plus clair? S'il y a des zones d'ombre à éclairer, dites-le nous dans les commentaires, et on essaiera de faire de notre mieux!

Philippe Berry
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