Avec son compère Harold Cole, Lee Ohanian soutient que «contrairement aux idées reçues, le New Deal de Roosevelt a prolongé la Grande dépression» de plusieurs années. S’il ne compare pas la situation actuelle à celle des années 1930, l’économiste, qui enseigne à UCLA, n’est pas séduit par le plan de relance d’Obama adopté mardi par le Sénat.
Note: Lee Ohanian n’est affilié à aucun parti politique, mais il concède que ses collègues le classeraient comme un économiste «plutôt conservateur»
Le plan de relance de 800 milliards va-t-il dans le bon sens?
Que ce soit la version du Sénat ou de la Chambre, je ne vois rien dedans susceptible de relancer l’économie sur le long terme. Ça ne veut pas dire que le plan ne contient pas certains programmes intéressants. Mais dans sa globalité, il vise plutôt à arroser les problèmes avec de l’argent et je ne vois aucun argument dans l’économie moderne suggérant que ça ait un impact significatif.
Obama dit en substance que la plupart des économistes à qui il parle s’accordent sur le fait qu’il faille un plan massif. Le Nobel d’Economie Paul Krugman lui reproche même d’être trop centriste et de ne pas dépenser assez...
On ne doit pas parler avec les mêmes. On discute beaucoup entre chercheurs. Et jusqu’à présent, je cherche encore les macro-économistes, d’Harvard ou d’ailleurs, fondamentalement en faveur de ce plan. Les projets publics d’infrastructure par exemple se défendent mais vont demander –c’est la loi– des salaires très élevés. Les dépenses de ce plan sont massives, vont creuser la dette, et au final, ce sont les contribuables qui trinqueront dans les années à venir avec des impôts plus élevés. Le prix à payer se justifierait s’il y avait le début d’une preuve solide qu’il permettra de sortir de la récession. Ce n’est pas le cas.
Obama agite le spectre d’une «catastrophe» si rien n’est fait immédiatement...
Bush a fait pareil pour faire adopter le plan de sauvetage des banques, et 350 milliards de dollars plus tard, on en est toujours au même point ou presque. Un président élu dans une telle situation se sent sous pression d’agir rapidement et massivement. Mais il vaudrait bien mieux prendre son temps, deux ou trois mois, tous s’asseoir autour d’une table, faire une analyse coût/bénéfice pour chaque projet et voir lesquels garder.
Vous êtes critiques vis-à-vis de certaines politiques de Franklin Roosevelt. Obama les répète-t-il et la situation est-elle comparable?
Les décisions les plus problématiques de FDR ne sont pas répétées aujourd’hui. Lors de la Grande dépression, Roosevelt a supprimé une grande part de la compétition dans l’économie et augmenté les salaires largement au-dessus de la ligne de croissance de la productivité. On a fait des progrès dans notre compréhension économique depuis. Mais quand vous répétez chaque jour comme Obama que nous traversons la plus grande crise depuis la Dépression, il y a plusieurs problèmes. D’abord c’est économiquement faux, celle des années 1980, avec une inflation record et un chômage au-dessus de 10% était pire. Mais surtout, quand vous faites peur aux gens, ils arrêtent d’acheter des voitures, ils ne consomment plus et la situation empire. Attention, la crise est sérieuse. Mais Obama devrait être beaucoup plus spécifique dans ses mesures et également souligner ce qui fonctionne dans notre économie, pas juste dire comme un gimmick qu’il est optimiste pour l’avenir.
Vous l’êtes, optimiste?
Incroyablement. Nos économies modernes rebondissent toujours après une dépression. Même si le secrétaire au Trésor a avancé des pistes mardi, il faut cependant que l’administration Obama soit bien plus précise sur la réforme des régulations du système financier, notamment de toutes les activités hors-bilan (off balance sheet) des banques, qui leur a permis de prendre des risques inconsidérés. C’est le premier pas pour sortir de la crise. Une fois que les règles du jeu seront connues, alors vous verrez des capitaux privés se joindre aux fonds publics pour racheter les actifs toxiques des banques et le système du crédit se dégrippera. Beaucoup voient dans la crise actuelle une faillite du capitalisme. Mais c’est surtout une faillite des régulations, des garde-fous. Le capitalisme a permis aux Etats-Unis et à l’Occident d’être prospères. A la fin de la journée, tout tourne autour du consommateur qui désire consommer et est prêt à travailler pour consommer et des entreprises qui embauchent et investissent pour faire des profits. C’est un processus très puissant.