INTERVIEW - Alberto Alesina, économiste à Harvard, est l'un des auteurs d'un livre blanc sur les enjeux du G20. Il décrypte ce qu'il faut en attendre.
De notre correspondant à New York
Alberto Alesina, économiste italien, enseigne à Harvard. Il est l’un des auteurs, avec
dix-neuf autres économistes de renommée internationale, d’un livre électronique, téléchargeable gratuitement
ici (en anglais) baptisé «Que doivent faire les leaders du G20 pour stabiliser notre économie et réparer le système financier?». Il livre son pronostic sur
la réunion qui se tient vendredi soir et samedi à Washington.
Quel résultat peut-on raisonnablement attendre du sommet du G20 à Washington?
Je ne suis guère optimiste. Ces réunions sont souvent organisées trop rapidement, sans idée claire. J’espère qu’ils ne s’assoiront pas pour réécrire de nouvelles régulations à toute vitesse et un peu nimporte comment. Il vaudrait mieux qu’ils délèguent cette tâche, soit au
Fonds monétaire international, soit au
Forum pour la stabilité financière ou à une autre institution technique, en lui laissant du temps pour améliorer les régulations internationales.
Existe-t-il un outil commun qui permettrait de débloquer la situation?
Il y a deux approches qui doivent être tentées. La plus urgente relève d’une politique de stimulation fiscale, pays par pays, variable en fonction de chaque situation nationale. Elle peut être axée soit sur le versant des dépenses, soit sur celui des prélèvements fiscaux. La deuxième tâche consiste à réformer les institutions financières, tout en déléguant encore une fois au FMI le soin de réécrire certaines régulations.
Etant donné l’ampleur de la crise, le Fonds monétaire international a-t-il vraiment les moyens de jouer un rôle?
D’abord il y a la question de l’argent disponible au FMI en cas de problème, qui dépend des gouvernements nationaux. Ensuite l’autre enjeu consiste à réécrire les règles de la finance internationale afin d’éviter que les problèmes que nous traversons actuellement ne se reproduisent avec une telle ampleur.
Un mouvement commun en termes de politique monétaire peut-il aider?
C’est certainement le moment pour que les banques centrales baissent leurs taux d’intérêt. La
Réserve fédérale américaine l’a fait, la
Banque d’Angleterre aussi et la
Banque centrale européenne a sans doute un peu de place pour revoir son taux d’intérêt à la baisse. Mais étant donné
la spécificité de la situation, la politique monétaire n’est pas suffisante. Nous avons d’abord besoin de mesures fiscales d’urgence.
L’annonce par la Chine d’un plan de stimulation fiscale de 586 milliards de dollars a été salué comme un geste important pour lutter contre la crise. Est-ce que l’on pourrait assister à un changement de leadership pendant le G20?
Je le crois, même si je ne sais pas si cela aura lieu aujourd’hui ou plus tard. Si vous pensez aux institutions créées pendant
Bretton Woods, après la Seconde Guerre mondiale, dans un monde très différent,
la Chine, l’Inde ou le Brésil n’avaient pas le poids économique qu’ils représentent aujourd’hui. Ces pays en développements, qui se sont enrichis, doivent être mieux représentés dans les institutions internationales. L’une des réformes nécessaires des institutions financières internationales, consiste à leur laisser davantage de place. L’Europe va devoir leur laisser un peu de place parce que quatre pays européens (France, Italie, Grande-Bretagne, Allemagne) dans le G7, cela fait beaucoup trop étant donné la taille de l’Europe face au reste du monde.
Propos recueillis par Gilles Bouvaist