«L'économie chinoise va s'effondrer et c'est une très bonne nouvelle»

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Publié le 27 octobre 2008.

INTERVIEW - Marc Fiorentino, économiste et président d'Allofinance.com, analyse l'impact de la crise sur les pays émergents...

Les pays émergents sont loin d'être épargnés par la crise. Selon l'économiste en chef de la Banque mondiale, la croissance chinoise sera en dessous des 10% en 2009 et dans le sud du pays, des milliers d'usines sont menacées de fermeture.

En Ukraine, un prêt de 16,5 milliards de dollars a été octroyé par le Fonds monétaire international pour subvenir au besoin de liquidités. En quoi les difficultés des pays émergents peuvent-elles modifier la donne économique mondiale? Marc Fiorentino, économiste et président d'Allofinance.com, un service de conseil financier en ligne, nous répond.

En janvier dernier, vous affirmiez à 20minutes.fr que la Chine ne tiendrait pas jusqu'aux JO. Elle semble finalement avoir résisté...

Non. Si on regarde les marchés boursiers, la Chine est déjà en crise depuis longtemps. L'indice de Shangai a perdu 75% en un an. Quant à la croissance, les chiffres ont toujours été gonflés par les autorités. Aujourd'hui, la Chine va vraiment rentrer en récession, et quand je dis récession, je parle d'une croissance négative et pas de 8%.

Pourquoi un tel retournement?

Parce la Chine a parié sur un mauvais créneau, celui d'être l'usine du monde. Du coup, elle est totalement dépendante de la consommation des autres pays, surtout des Etats-Unis. La théorie du découplage, selon laquelle les pays émergents viendraient compenser le ralentissement mondial, s'avère donc fausse.

Leurs difficultés peuvent donc au contraire plomber l'économie mondiale?

En ce qui concerne la Chine, son effondrement est plutôt une très bonne nouvelle. Son développement accéléré a déséquilibré le marché du pétrole et des matières premières dans leur ensemble, mettant à genou les autres pays émergents. Preuve en est, l'inflation a atteint un point culminant juste avant les JO, avant de retrouver une courbe plus régulière.

Mais n'y aura-t-il pas un manque à gagner pour les pays qui avaient délocalisé en Chine?

Les coûts de production vont certes augmenter, soit parce que la Chine facturera plus cher, soit parce que les entreprises opteront pour un circuit de production plus court. Mais cette hausse des coûts permettra de compenser la période déflationniste dans laquelle nous entrons. Et de créer des emplois.

Et les autres pays émergents? Comment vont-ils réagir?

Les petits pays, comme l'Ukraine, n'ont pas les moyens de sauver eux-mêmes leur système financier et mettront sans doute trois ans à se relever. Les pays d'Asie du Sud-Est sont aussi en mauvaise posture. Mais l'Inde, par exemple, s'en sortira mieux car elle a misé sur les services. Un secteur toujours indispensable, même en temps de crise.
Propos recueillis par Catherine Fournier
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