DECRYPTAGE - Et si le marché de l'art était une des victimes collatérales de la crise financière? C'est la question qui revient à quelques jours de l'ouverture de la Fiac, la foire internationale de l'art contemporain...
L’art est depuis toujours un secteur où circule énormément de liquidités. En 2007, on parlait de «boulimie» et de «surconsommation». Certaines ventes faisaient sensation en atteignant des sommes astronomiques. La Fiac va ouvrir ses portes le jeudi 23 octobre dans une ambiance moins frénétique, en accord avec la morosité du secteur économique. La grave crise financière aura-t-elle des répercussions sur un marché si atypique?
Le marché de l’art a la gueule de bois
Le boom du marché de l’art est-il fini? C’est ce qu’affirme «The Guardian» cette semaine. Le marché, revigoré il n’y a pas si longtemps par l’entrée en jeu de nouveaux mécènes/collectionneurs, (fortunes d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient) semble ralentir depuis quelques mois. Les achats de l’oligarque russe Roman Abramovitch à hauteur de 75 millions d’euros sont de l’histoire ancienne, selon les observateurs qui prévoient un retour à plus de rationnalité.
Patrick Bongers directeur de la galerie Louis Carré (Paris 8e) est lucide. «Ce serait être aveugle que de dire que les secteur va être épargné. Il va y avoir un important retour aux fondamentaux qui favorisera une baisse de la spéculation. Les ‘nouveaux mécènes’ vont repartir aussi vite qu’ils sont arrivés.» Quant à la Fiac: «C’est un moment important. La crise va assainir le marché et les galeries vont jouer un rôle important. C’est là que ça va se passer. Nous avons une relation de confiance avec les artistes que la crise n’a pas affectée. C’est un retour à des bases plus sérieuses. Car la vraie crise du marché de l’art, c’était plutôt la fièvre qui animait ces dernières années»
Les enchères ne s’envolent plus
La dernière grosse vente remonte au 15 septembre. Ce jour-là, les enchères s’envolent chez Sotheby’s pour le Britannique Damien Hirst. 140 millions d’euros. Et depuis? Une série des célèbres «Skulls» d’Andy Warhol s’est notamment vendue 5,5 millions d’euros alors qu’on l’attendait à plus de 16 millions. Du côté de la maison Christie’s, même son de cloche. Les enchères de la saison d'automne n'ont pas non plus été à la fête, puisque seulement 26 des 47 œuvres ont trouvé preneur. Patrick Bongers de préciser: «La vente Damien Hirst n’était qu’un épiphénomène. Elle n’avait pas vocation à annoncer une tendance.»
Le baromètre Friez Art Fair
La Friez Art Fair, cousine londonienne de la Fiac, sert souvent de baromètre. Pour venir infirmer les théories de chute des bénéfices, les organisateurs, dans une dépêche datée du 21 octobre, ont annoncé que les ventes avaient dépassé les estimations.
A la galerie Kamel Mennour (Paris 6e), «on a noté moins de très gros achats pendant la Friez Art Fair qui donne généralement le ton à la saison. Mais tant qu’ils sont remplacés par des petits achats, il faut garder le sourire. Nous laissons ainsi une place aux nouveaux artistes. Artistes qui ont des cotes plus basses et des prix relativement abordables. Même s’il y a un peu de stress, nous sommes donc résolument optimistes pour cette année.»
«The Arts Newspaper» est moins guilleret. Le mensuel britannique estime lui que «les ventes ont chuté de manière significative et on évite les achats impulsifs» et se demande même si «la consommation ostentatoire de l'art ne toucherait pas à sa fin»...
L'avis des jeunes
Quant à Sara Guedj, jeune galeriste parisienne, elle n’est pas inquiète. En direct de la Foire Show Off à l’espace Pierre Cardin, elle répond à 20minutes.fr: «Je suis dans une tranche différente, je vise plutôt des nouveaux artistes à petit prix. Je pense que les conséquences se ressentent plus dans les gros achats.» Elle a quand même conscience de l’impact. «La rumeur a surtout voulu nous faire croire le contraire, qu’on allait éviter les paris et que les acheteurs allaient se tourner vers les valeurs immuables. Mais je ne partage pas ce sentiment de retour aux œuvres “sûres”.» Quant à sa situation personnelle? «Il n’y a pas de surprises. Les facteurs sont si nombreux qu’on ne peut pas s’attacher seulement à la conjoncture économique. Les ventes dépendent aussi de la nature des acheteurs. On sent, certes, une forme de lenteur, de torpeur. Je ne retrouve pas l’hystérie de l’année dernière. Mais pas de quoi verser dans le pessimisme.»
La philanthropie sur la sellette
Aux Etats-Unis, les musées étant souvent soutenus par des fonds particuliers, la crise se fait déjà ressentir. Les institutions culturelles new-yorkaises seraient donc en péril. Par exemple, le Musée des Arts Modernes de la ville recevait des aides de (feu) la banque Lehman Brothers. Un engagement que la Bank of America (qui a racheté la Lehman) a promis de ne pas supprimer. Du côté du MoMa, on reste inquiet. D’autres banques touchées, comme Merrill Lynch, étaient aussi habituées à contribuer financièrement à des centres culturels.
A.Fe