Caisse d'Epargne: des dirigeants sacrifiés pour l'image?

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Publié le 20 octobre 2008.

BANQUE - Ils ont été limogés en un temps record...

La Caisse d'Epargne, une banque de dépôt à l'image familiale et rassurante, loin de la tourmente financière qui semble menacer les mastodontes BNP et Société générale. Un établissement historique dont la solidité est en passe d'être renforcée par sa fusion avec la Banque populaire.

L'image ne pouvait pas être trop longtemps écornée par «l'incident» qui a fait perdre 600 millions d'euros à l'Ecureuil en Bourse. Surtout en ces temps de crise et alors que l'Etat s'est porté garant des banques françaises à hauteur de 360 milliards d'euros. Afin de ne pas entamer la confiance des Français - près d'un sur deux est client de la Caisse d'Epargne, notamment via le livret A -, le limogeage de ses trois principaux dirigeants s'est ainsi fait en un temps record.

Le coup de semonce de Nicolas Sarkozy

Avant que Nicolas Sarkozy ne se prononce sur cette affaire, seuls les responsables directs de cette perte, des traders jusqu'au directeur financier, avaient été sanctionnés. Mais depuis le Québec, le Président a exigé vendredi que les responsables de cette affaire «en tirent les conséquences», dans la même veine que ses récentes déclarations à propos des «responsables» de la crise financière mondiale.

Ni une, ni deux, le président de la Caisse d'Epargne, Charles Milhaud a remis sa démission en deux jours. Entraînant avec lui le directeur général Nicolas Mérindol et le directeur en charge des finances et des risques Julien Carmona. Christine Lagarde a aussitôt estimé que leur démission était «une bonne chose». «Ça sanctuarise le principe de la responsabilité jusqu'au plus haut niveau», a ajouté la ministre de l'Economie, soulignant que «les dirigeants ont pris leur responsabilité. C'est ce qu'on attendait d'eux». «C'est un signal pour chacun», a-t-elle encore indiqué ce lundi.

Le ton s'est durci depuis l'affaire de la Société générale

Même s'il avait été mis à l'index, le PDG de la Société générale, Daniel Bouton, est pour sa part toujours en poste neuf mois après la perte de 5 milliards d'euros par la banque sur les marchés boursiers. Question de timing peut-être.

«Il y a sûrement un effet de contexte dans la sanction à l'égard des dirigeants de la Caisse d'Epargne, les sommes engagées étant beaucoup moins importantes», confirme Fédéric Lebaron, professeur en sociologie économique. «On sent une nécessité de frapper fort pour purifier le capitalisme et en préserver la partie morale», ajoute le spécialiste, qui souligne qu'avec la crise, «les rapports de force entre l'Etat et les banques s'est inversé en faveur du premier». Reste à savoir pour combien de temps.

Pour Jézabel Couppey- Soubeyran, professeur d'économie à l'université Paris I, «l'épisode de la Caisse d'Epargne doit vraiment être l'occasion de revoir les modes de contrôle au sein des établissements bancaires et l'équilibre entre le front office (traders) et le back office (contrôle). Contrairement à la Société générale, où une fraude massive est à l'origine des pertes, c'est au cours d'une opération classique de dérivés sur actions que l'argent a été perdu à la Caisse d'Epargne. Les traders ont dépassé le montant autorisé, explique-t-elle. Il faut en finir avec cette culture du risque où même les bonus des salariés du back office sont indexés sur les performances réalisées en salle de marchés. ça n'incite par à privilégier la sécurité.»
Catherine Fournier (avec agence)
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