ECONOMIE - Si aucune banque n'a fait faillite, des PME commencent à déposer le bilan...
Tous les regards ont été braqués jusqu'à présent sur une éventuelle faillite des banques. La garantie apportée par les gouvernements européens et
le gouvernement français en particulier semble avoir éloigné ce spectre. Ce sont désormais les faillites d'entreprises qui attirent l'attention. Et ce,
malgré l'aide de 22 milliards d'euros apportée par l'Etat. En France, elles pourraient augmenter de 10 à 15% en 2008, selon l'assureur crédit Euler-Hermès SFAC. «Les établissements de crédit coupent les lignes de crédit sans qu'on sache vraiment pourquoi», déplore l'assureur. «Si les trésoreries s'écroulent et que les PME ne peuvent plus payer leurs factures à temps, on court à la catastrophe en chaîne», s'inquiète également le président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (
CGPME), Jean-François Roubaud.
La literie et la lingerie...
Selon la CGPME, deux catégories d'entreprises sont concernées: «Celles directement concernées par un ralentissement de la demande, comme l'hôtellerie-restaurant, qui connaît une baisse de 30% de son activité, les transports routiers» et bien sûr l'immobilier. Et «celles qui voient leur ligne de crédit (découvert autorisé) restreinte, notamment les petites entreprises de n'importe quel secteur».
Ainsi, la literie figure parmi les premières victimes connues de la crise financière en France. Cauval Industries, célèbre pour ses marques de matelas Dunlopillo ou Tréca, a été placé sous procédure de sauvegarde à cause de problèmes de trésorerie. La société a rencontré trois types de difficultés: «Une hausse du coût des matières premières qu'elle ne parvient pas à répercuter entièrement, une baisse de la consommation, des difficultés à obtenir des paiements de gros clients, comme des centrales d'achat», a expliqué la société.
Dans un tout autre genre, une procédure de sauvegarde vise une entreprise de vente de lingerie Body One, en Seine-Saint-Denis, après des difficultés pour «obtenir de nouvelles lignes de crédit».
La papeterie et les piscines aussi
La papeterie souffre également: le groupe papetier Matussière et Forest, placé fin septembre en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Grenoble, avait été pour sa part affecté par la chute des prix de vente et la hausse du coût des matières premières et de l'énergie.
Idem pour les piscines, qui pâtissent surtout de la baisse de la consommation. «Le nombre de piscines enterrées devrait diminuer de 25% et celui des piscines hors-sol de 40% à 50% par rapport à 2007», soit environ un tiers du total, a déclaré mercredi Jacques Braun, administrateur de la Fédération des piscines privées. Certains «petits acteurs», qui constituent la grande majorité des 3.000 entreprises du secteur, commencent ainsi à fermer leurs portes.
Du côté des secteurs plus attendus, comme l'immobilier, les chiffres alarmistes commencent à tomber. Sur les six premiers mois 2008, 382 agences immobilières ont défailli (+49%). La Capeb (petites entreprises du bâtiment), confrontée à une baisse des commandes, s'attend de son côté à «des trimestres à venir difficiles», en raison de la baisse des mises en chantier de logements. Le promoteur immobilier Nexity avait récemment estimé dans «Le Monde» que 180.000 salariés étaient menacés de chômage dans le secteur du bâtiment.
L'intérim licencie
Jeudi, le groupe de travail temporaire Adecco annonçait vouloir supprimer, en «privilégiant les départs volontaires», 600 emplois d'ici le mois de juin 2009 en raison d'un«retournement de conjoncture».
Catherine Fournier (avec agence)
Les villes aussi Les collectivités territoriales connaissent aussi la crise, de manière assez inégale. Celles qui avaient souscrit des produits à risques, à taux variables, comme Laval ou Saint-Etienne ou Tulle, sont désormais confrontées à des surcharges financières tandis que les plus sages, comme Bayonne ou des communes bretonnes, se réjouissent d'avoir contracté des prêts à taux fixes. Quant aux villes qui hébergent des casinos, comme Le Touquet, elles ne sont pas mécontentes de percevoir une partie de leurs bénéfices.
Ils enregistrent tout de même une baisse de recettes de 13%.