La reprise sur les marchés boursiers ne signe pas la fin de la crise

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Publié le 14 octobre 2008.

DECRYPTAGE - Les impacts sur l'économie réelle risquent de prendre le relais...

Les Bourses mondiales ont réagi avec enthousiasme aux mesures annoncées lundi et mardi au niveau européen et américain. Les garanties étatiques apportées de part et d'autre de l'Atlantique semblent enfin avoir restauré la confiance sur les marchés. Suffiront-elles pour autant à limiter la casse sur l'économie réelle, déjà affectée? Non, répondent la plupart des spécialistes. 20minutes.fr fait le point.

Des indicateurs pessimistes au niveau mondial
La dégringolade du prix des matières premières, notamment l'énergie et les métaux industriels, signale que la crise financière est sortie du périmètre de Wall Street ou de la City.

L'or noir souffre à la fois d'être monté à un niveau de prix trop haut cet été, incitant les consommateurs à laisser leur voiture au garage, et des effets directs de la crise financière: les investisseurs ont vendu à tour de bras leurs participations dans ce marché en voyant la demande se contracter aux Etats-Unis et en Europe, mais aussi pour rapatrier des capitaux dans le contexte de la crise de liquidités. Quant à la courbe des prix des métaux de base, consommés dans l'industrie et le bâtiment, elle est également à la baisse. «La faiblesse des métaux reflète la détérioration des perspectives économiques mondiales», souligne William Adams, du cabinet BaseMetals.

Le moteur de l'Europe en panne
L'Allemagne, première économie européenne, est «au bord de la récession». Dans plusieurs secteurs de l'économie, par exemple dans les machines-outils, «le temps des succès sensationnels où un record de production venait chasser l'autre (...) est fini pour le moment», a reconnu ce mardi le président de la fédération du secteur, Manfred Wittenstein. Car même si les choses vont encore relativement bien sur place, la branche est fortement tournée vers l'exportation et pâtira bientôt du ralentissement de la conjoncture ailleurs. L'automobile aussi est sérieusement malade, avec des suspensions de production sur plusieurs sites, notamment d'Opel, en Allemagne.

Le crédit malgré tout resserré
Les garanties apportées par les gouvernements européens aux banques devraient détendre un peu l'atmosphère. «Nous nous engageons à proposer une offre de crédit, notamment aux ménages et aux petites et moyennes entreprises, qui réponde aux besoins exprimés. Nous en avons désormais les moyens. L'intervention de l'Etat a permis un retour de la confiance sur les marchés», a confirmé Georges Pauget, président de la Fédération bancaire française. Malgré tout, en France, un ménage sur cinq, qui pouvait contracter un emprunt immobilier en janvier 2007, ne le peut plus aujourd'hui, en raison de la hausse des taux d'intérêt (environ 5,5%) et du durcissement des conditions d'octroi, rapporte ce mardi une étude du courtier Empruntis.

Les investissements des entreprises ralentis
«J'étais inquiet et je suis inquiet sur le resserrement du crédit en France, mais je pense que les dispositions qui sont prises par le gouvernement, si elles sont bien relayées par les banques, devraient pouvoir amener la souplesse dont on a besoin aujourd'hui», a estimé le président de la CGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises), Jean-François Roubaud. Toutefois, l'incertitude actuelle «incite tout le monde à l'immobilisme», estime Alexander Law, économiste chez Xerfi. Les investissements des entreprises devraient donc marquer le pas jusqu'à la fin de l'année, après avoir déjà baissé au deuxième trimestre, selon l'institut national de la statistique (Insee).

Un chômage en hausse
Qui dit report des investissements, dit gel des embauches et donc hausse du chômage. Le nombre de chômeurs inscrits à l'ANPE a déjà bondi de plus de 41.300 en août. Et l'assurance chômage prévoit désormais une hausse de 46.000 du nombre de chômeurs cette année par rapport à 2007. «L'emploi intérim a commencé à plonger au deuxième trimestre» et les transformations de CDD en CDI se font plus rares, indique Nicolas Bouzou, économiste chez Asteres. Sans compter les mises au chômage technique, comme celle prévues dans les usines PSA Peugeot Citroën de Sochaux (Doubs) et Mulhouse (Haut-Rhin) au troisième trimestre. «Cela va certainement se prolonger par des licenciements économiques», avertit-il. «Le troisième trimestre va être très très dur en matière d'emploi», pronostique aussi Karine Berger, analyste chez Euler Hermes SFAC. Et selon Nicolas Bouzou, ces difficultés devraient se prolonger après la sortie de crise, vue pour fin 2009, début 2010.

La consommation en berne
En France, moins dépendante de l'industrie que l'Allemagne, c'est la consommation des ménages qui inquiète plus. L'inflation a reculé en septembre, selon des chiffres publiés ce mardi. Mais «le mal est déjà fait», commente Alexander Law. Le recul des prix en France reflète certes la détente des cours du pétrole mais aussi «hélas, une demande en berne», explique l'analyste: «Préoccupés par leur pouvoir d'achat et par la dégradation des conditions sur le marché du travail, les Français ont également dû faire face à un environnement économique anxiogène.» Et regardé d'autant à la dépense. «Il n'y a donc pas grand chose à attendre sur le front de la consommation au moins jusqu'en fin d'année», ajoute t-il.
C.F. (avec agence)
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