DECRYPTAGE - 20minutes.fr décrypte le plan de sauvetage des banques annoncé lundi...
Comment trouver 360 milliards d'euros? En empruntant bien sûr. Mais au-delà de l’enveloppe annoncée par le gouvernement français lundi, c’est surtout sa crédibilité en tant qu’emprunteur qui est en jeu. Car «si ça marche bien, on ne sera pas obligé de débourser l’argent», précise Alexander Law, économiste chez Xerfi, à 20minutes.fr. Explications.
Un plan en deux volets
Ce ne sont pas 360 milliards d’euros qui seront empruntés. Le plan de sauvetage comprend en effet deux volets. Le premier consiste en une caisse de 40 milliards destinée à renflouer le capital des banques et des assureurs en difficulté. Objectif: ne laisser aucun établissement en difficulté pour relancer la confiance.
Le second est une garantie des prêts interbancaires. En cas de défaillance d’une banque, ses créanciers (d'autres banques par exemple) seront remboursés s’ils ont souscrit au fonds de 320 milliards d’euros engagé par l’Etat. Mais il ne s’agit que d’une «caution» comme l’a expliqué François Fillon lundi soir. «Les cautions ne sont pas mises en jeu systématiquement, elles le sont même assez rarement», a-t-il expliqué.
Une double garantie
Pour Xavier Timbeau, économiste à l'OFCE, la garantie est même une mesure «redondante». Car si le renflouement du capital des banques fonctionne, la crise de confiance entre elles devrait prendre fin. La garantie des prêts constitue donc pour l’économiste «une double garantie pour lever toutes les inquiétudes.»
Si le plan de sauvetage semble
porter ses fruits sur les marchés boursiers, c’est parce qu’il est peu probable qu’un Etat comme la France fasse faillite. En pleine crise, l’Etat devient donc une valeur refuge pour les investisseurs.
Si l’Etat devait vraiment recapitaliser les banques qui en feront la demande et garantir les prêts interbancaires, il pourra donc facilement emprunter en émettant des bons du Trésor. Les acheteurs (entreprises, particuliers, etc.) deviennent ainsi les créanciers de l’Etat et sont rémunérés par les taux d'intérêts, moindres que les dividendes d’une action boursière, mais en revanche assurés.
«Pas d’argent frais»
Il n’y aura donc «pas d’argent frais mis au budget de l’Etat», a précisé François Fillon. En revanche, les sommes empruntées augmenteront la dette de l’Etat (qui s’élève déjà à 65% du PIB, soit 1250 milliards d’euros au 1er semestre 2008). Et «il faudra la rembourser un jour», précise Gilles Chemla, directeur de recherches au CNRS. Les intérêts de ces emprunts représenteront bien «un coût pour la collectivité» comme l’a rappelé Bernard Thibault de la CGT.
Alors pourquoi François Fillon a-t-il assuré lundi soir qu’il n'y aurait «aucune hausse d'impôts» et «aucune hausse des contributions»? Selon lui, «l'Etat va gagner de l'argent sur les prêts qu'il fera aux banques et sur les garanties qu'il apportera aux entreprises». Quant aux prises de participation dans les établissements bancaires, «notre objectif n'est pas de les garder éternellement, a-t-il précisé, mais de les revendre dès que l'économie ira mieux». Une opération qui permettra à l’Etat de rembourser ses créanciers.
A.L.