Yves Montand en maître de cérémonie dans «Vive la crise».
Yves Montand en maître de cérémonie dans «Vive la crise». - DR

MEDIAS En 1984, une drôle d'émission sur Antenne 2 prônait les vertus de la crise économique...

Ça y est, c'est la crise. Alors que les plus cyniques achètent le nom de domaine vivelacrise.com, les nostalgiques se souviennent d'un ovni télévisuel de 1984. Présenté par Yves Montand, ce docu-fiction d'anticipation s'appelait «Vive la crise» et était diffusé sur Antenne 2.

Février 1984. La gauche se réveillait avec la gueule de bois. Après les rêves de réforme de 1981, François Mitterrand avait dû prendre en 1983 le virage de la rigueur en choisissant de se maintenir dans le Système monétaire européen (SME). L'année 83 venait de livrer son verdict avec une croissance très molle à 0,8%.

Défaite idéologique des socialistes


Le socialisme étatique défendu par François Mitterrand lors de sa campagne subissait une vraie défaite idéologique, rattrapé par le modèle néo-libéral proposé par Margareth Thatcher en Grande-Bretagne et Ronald Reagan aux Etats-Unis.

L'émission «Vive la crise» était une idée portée par la nouvelle gauche qui se constitue alors autour d'intellectuels «modernistes» comme Alain Minc (un expert que consulte aujourd'hui Nicolas Sarkozy). L'objectif était de profiter de la crise pour faire la synthèse entre la pensée de gauche et le capitalisme, en prônant notamment l'austérité budgétaire et la confiance dans l'entreprenariat privé.

Malheureusement, l'émission n'est pas disponible sur l’Internet. On a juste retrouvé cet extrait où l'on voit Yves Montand présenter brièvement l'émission: «La crise! Quelle crise?».


Pour soutenir l'émission, «Libération» sort un supplément «Vive la crise!» sous-titré «La grande mutation des années 80, racontée par Yves Montand». Laurent Joffrin, alors jeune journaliste au service éco, s'investit beaucoup dans la démarche et signe un édito rageur: «La pédagogie de la gaffe».

«De l'Etat, encore de l'Etat, toujours de l'Etat»

Joffrin dénonce l'impasse du mitterrandisme économique: «De l'Etat, encore de l'Etat, toujours de l'Etat. Relance, nationalisations, impôts nouveaux, plans industriels: tout allait à l'Etat, tout y revenait. Mais tout a raté, ou presque. Dans les douze mois qui ont suivi cette année illusoire, il a fallu brûler à la sauvette ce qu'on avait adoré.»

Vingt-quatre ans plus tard, le ton des éditos de Laurent Joffrin a changé. Le PDG de «Libé» ironise sur les banquiers: «Comme des fourmis hors de la fourmilière renversée, ils courent en tous sens dans une noire panique, se réunissant la nuit dans des bureaux vides, appelant maman Etat au secours avec des cris déchirants ou bien ourdissant, tels de farouches bolcheviks, la nationalisation soudaine des plus grandes banques de la planète.» Vive la crise?

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